Cérémonie de remise du bâton de pouvoir au Mexique

bâton de pouvoir

Entretien avec Daniel Wermus.

Daniel Wermus décrit avec minutie le rituel réalisé lors de l’intronisation du nouveau président mexicain. Pourquoi cette cérémonie est un véritable tournant dans l’histoire Sud américaine ?  Pourquoi ces images sont-elles vectrices d’espoir ? 

Daniel Wermus est journaliste, dans le cadre de ses fonctions il a voyagé dans plus de 50 pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Licencié de l’Institut de Hautes Etudes Internationales, il a travaillé à la Tribune de Genève avant de créer InfoSud en 1988. Daniel a consacré sa carrière à donner la parole aux personnes que personne n’écoute.

Cérémonie du bâton de pouvoir au Mexique, Obrador, un président pas comme les autres.

“J’ai été très impressionné par les images de l’intronisation du nouveau président mexicain Andrés Manuel López Obrador. Intronisation qui se passe sur la place centrale de Mexico, qui s’appelle le Zocalo. Selon les estimations, au moins un million de personnes ont assisté à l’évènement.

Debout sur la scène, le nouveau président se trouve entouré des leaders spirituels représentants les 68 peuples indigènes mexicains. Il se prête à un rituel de salutation de tous les esprits du monde avec l’invocation des quatre points cardinaux. Durant la cérémonie, les leaders spirituels s’adressent au Nord à L’Est au Sud à L’Ouest, ce sont à la fois des représentations terrestres ainsi que spirituelles de différentes qualités. Par ce biais des quatre points cardinaux, on sollicite des bénédictions du monde spirituel pour l’immense tâche de diriger un pays comme le Mexique qui ,comme nous le savons est en proie à une violence extrême face au narcotrafic, et aux problèmes de l’immigration. Le Mexique se voit obliger par les Etats-Unis, qui ne veut pas de ses migrants, de jouer le rôle de gendarme. Le Mexique reste sur une instabilité politique gangrénée par la corruption. Lopes Sabrador arrive au pouvoir, il a été élu par une grande majorité de Mexicains, il représente l’aile gauche, les ouvriers, les gens d’en bas qui ont un grand espoir de changement. Il incarne aussi un espoir dans la lutte contre la corruption face à des élites qui ont gouverné le Mexique pendant un siècle .

Ce contexte politique est mis en présence du monde spirituel, c’est une grande nouveauté par rapport à ce que nous vivons depuis longtemps où tout est séparé. Le monde politique jusqu’alors ne voulait pas entendre parler de l’ingérence du monde spirituel. Il y a tout à coup un président avec sa cravate et son complet, certes un peu maladroit et emprunté au début, mais qui est là, avec beaucoup de respect, entouré de tous ces grands chamans indigènes, des hommes et des femmes, qui font une cérémonie avec la fumée et des incantations. Ils lui parlent très gentiment et très respectueusement en lui demandant de répéter les paroles, paroles Sacrés de grande bienveillance, s’adressant au monde spirituel.

Cette cérémonie est le rituel de remise du bâton de commandement. Symboliquement dans le monde indigène, le bâton permet d’inspirer les leaders, de leur donner l’énergie et la force pour pouvoir gérer la direction d’une communauté. Le bâton du commandement, c’est un grand bâton avec différents tissus de différentes couleurs, c’est « mandar obedeciendo al pueblo », commander en étant au service du peuple, ce qui est très différent de commander en étant le tout puissant et en faisant ce que bon lui semble.

C’est une cérémonie très puissante car elle a été transmise avec humilité et gentillesse mais surtout un tel espoir que l’alliance avec le monde spirituel va permettre d’aller vers un monde meilleur pour tout le monde, y compris les blancs d’origines européens qui ont persécuté les indigènes depuis 500 ans, qui ont commis un génocide de millions et de millions de gens, disparus suite à la colonisation espagnole. Il y a ensuite eu des siècles de mépris et de persécution qui durent encore aujourd’hui. Malgré le passé, que nous pouvons comparer à la situation des afro descendants des suites de l’esclavage, à la colonisation, aussi au racisme qui subsiste aux Etats-Unis, comme en Europe. Le monde indigène est empreint d’une attitude humble et bienveillante qui va vers le pardon et la réconciliation malgré tout ce qui s’est passé. En offrant cette réconciliation, on offre en fait un monde meilleur à tout le monde.”

Le bâton de pouvoir raconté par Daniel Wermus

Retrouver le travail de Daniel Wermus, dans Madre Tierra !

Je tiens chaleureusement à remercier Daniel pour notre échange aussi empreint de bienveillance et de respect. Deux qualités qui caractérisent cet homme. Je tiens à te remercier Daniel pour notre amitié partagée au long de tous ces kilomètres dans ta voiture. Je viens aussi sincèrement te remercier d’être sur ton chemin, dans la justesse et la sagesse, d’être l’homme qui donne la parole à ceux qui ne peuvent se faire entendre.

J’ai tenu à proposer un article sur cette cérémonie car c’est un acte symbolique, un rituel, important que le président Obrador nous montre. Il ritualise de manière Sacré sa nouvelle prise de fonction. Je crois sincèrement qu’il faut beaucoup d’humilité pour pourvoir se remettre à la bénédiction des peuples indigènes afin d’honorer ses nouvelles responsabilités. Nous sommes loin du Fouquet’s de Monsieur Sarkosy, pied de nez au peuple d’en bas.

Le président Obrador demande la bénédiction des tribus jusqu’alors opprimées, rejetées voire persécutées… et plus d’un million de mexicain sont présents pour assister à cette célébration. Ce qui me touche tout particulièrement, c’est comment faire résilience quand il y a eu tant de souffrances, le poids du passé est trop lourd, la situation actuelle de Mexique est dramatique, d’une violence extrême, le président Obrador en prenant le bâton de Pouvoir, s’en remet à plus Grand que lui. Pour faire résilience, il est possible de s’en remettre à plus grand que soi.

C’est un exemple dont nous pouvons nous inspirer pour ritualiser un évènement, par exemple, professionnel. Dans le cas du bâton de pouvoir, c’est une acceptation d’un certain nombre de valeurs symboliser dans un objet. Chacun de nous, peut créer son propre bâton de pouvoir dans lequel, il peut y nouer ses propres engagements, convictions et visions. C’est une Sacralisation de ses engagements professionnels.

Par l’expérience du Sacré, l’esprit humain saisi la différence entre ce qui se révèle comme étant réel, puissant, riche et significatif, et ce qui est dépourvu de ces qualités, c’est-à-dire le flux chaotique et dangereux des choses, leurs apparitions et disparitions fortuites et vide de sens.

Mircéa Eliade

La spiritualité africaine

spiritualité africaine

La spiritualité africaine

“Pierre Verger aimait dire qu’au cours des cérémonies, les adeptes regardaient plus vers la Terre Nourricière des ancêtres que vers le Ciel où est censé se trouver un Dieu suprême. ”

Vodun et Orisha, Catherine & Bernard Desjeux.

Je pars en Afrique en Janvier. C’est avec le groupe Prometra que je vais rejoindre les plages de Ouidah au Bénin. Je tiens à faire un article avant mon départ afin de parler de spiritualité universelle, des rites universels.

La vie m’amène à vivre cette universalité en Afrique.

L’Afrique, ses mystères, légendes, histoires… mais surtout avec nos yeux d’Européens, méconnaissance et encore trop souvent clichés.

Les rites africains, comment les appréhender ? Les regarder avec notre vision culturelle, nos lunettes ? Lunettes européennes qui ne peuvent pas encore être parfaitement détachées de nos rapports de dominant-dominé, sauveur-à sauver. Comment regarder la spiritualité africaine droit dans les yeux, voire avec beaucoup d’humilité. Je me souhaite, dans ce partage, d’être la plus juste possible mais surtout la plus ouverte possible

En préparant ce voyage, je me suis confrontée à mes propres clichés. La spiritualité africaine, c’est me confronter à ma propre histoire en tant que Française, c’est regarder l’esclavage. Préparer ce voyage, c’est sortir complètement de mes repères. Un seul vocable peut nous ébranler, un seul mot nous sort de notre « confort », c’est le mot « VAUDOU ».

Je crois donc que c’est par là que je vais commencer.

La spiritualité africaine vu par les européens, c’est la vision d’une poupée et des aiguilles, un culte sataniste qui cultive la peur.

La spiritualité africaine, n’est pas une religion mais une voie spirituelle. Ce n’est donc pas un ensemble de dogmes et de croyances mais une façon d’être relié aux forces de l’Univers, comme en en faisant partie… Y est présent comme divinité, L’eau, le Feu, la Terre et l’Air… Dans le Cycle de la Vie, la spiritualité, c’est la matrice qui accueille le souffle des éléments et des esprits et qui a permis de donner vie aux créatures.

Je vais donc essayer autant que faire ce peu de partager et de vous traduire mon voyage avec ce que je souhaite de plus ouvert d’esprit.

Voici par exemple quelques bases transmises par Erick GBODOSSOU, Président de Prometra International. Je me permets de prendre les points, de transmettre ce que j’en comprends.

La spiritualité africaine :

L’Homme a toujours disposé de 3 moyens pour communiquer avec le Divin, une autre forme de réalité.

LA PAROLE : L’incantation.
La puissance du Verbe. C’est la prière. C’est le pouvoir des mots. La sagesse de la transmission orale, c’est le chant.

LA DANSE : La puissance du mouvement.
Là déjà, lier la danse et la spiritualité, c’est plus complexe pour nous autres européens, souvent engoncés dans notre corps. Regarder Jésus sur sa croix, sa rigidité, ce n’est évidemment pas une invitation au mouvement.

Ce voyage en Afrique sera donc pour moi l’occasion de suivre le rythme et de faire pénétrer les vibrations au plus profond de mon être.

Danser, c’est « subir » le regard de l’autre, tout comme le chant… « je ne sais pas chanter, tout comme je ne sais pas danser… ». Ce voyage sera donc une invitation à vivre le mouvement, la vibration à l’état pur, de laisser guider mon corps, de suivre le mouvement, la danse, tout ça sans « conservatoire » préalable.

LE SYMBOLE : Le signe, la puissance de l’image.

Le symbole comme énergie puissante de reliance. Jusqu’ici tout va bien. Les mandalas, le triskel celtique, la croix… Sur ce point de nouveau nous nous trouvons dans une vision universelle. Conscient ou non, le symbole est présent dans nos vies, dans nos gestes et dans nos rêves… voire sur nos peaux pour les adeptes du tatouage.

Voici donc les fondements d’une religion qui est réduite à la sorcellerie, à la magie noire. Je souhaite dans les prochains articles ouvrir sur le sujet de la spiritualité africaine au travers de mon vécu et de mes propres expériences.