L’animisme dans sa vision africaine et afro-descendante

L’animisme, qu’il soit noir-américain ou d’Afrique subsaharienne, regroupe de nombreux courants religieux (religion des fétiches, vaudou, Candomblé, Umbanda, Santeria, vaudou haïtien…) dont les grandes bases fondatrices se recoupent. Pour commencer, l’animisme doit être différencié du polythéisme : ici Dieu est unique, Dieu est partout et nulle part, mais il reste très lointain et fort peu soucieux des préoccupations égocentriques des hommes. Pour pouvoir entrer en contact avec Lui et en obtenir les faveurs, il est nécessaire de passer par des intermédiaires humains et des divinités. Les saints catholiques peuvent représenter certains de ces intermédiaires, cependant chaque famille, communauté, village pourra posséder sa propre cosmogonie.  

Mais surtout, pour l’animisme, toute chose a une « âme ». Bien que les appellations soient différentes, la reliance à la nature est immuablement commune. Il est possible de rattacher les déités à un élément du règne animal, végétal et minéral.

Les différentes ramifications animistes, qu’elles soient du continent africain ou du continent américain, reposent sur trois piliers qui ont trait aux ancêtres, à la réincarnation et aux rites initiatiques. Selon le culte des ancêtres, les morts ne sont pas morts. Pour ce qui est de la réincarnation, après la mort du corps physique l’âme va de nouveau vivre sur d’autres plans ou même revenir sur terre. Enfin, chaque être humain doit vivre un niveau d’initiation qui lui est propre, selon ce qui aura été observé au cours d’une pratique de divination. Ce niveau peut être plus ou moins élevé selon sa dimension prédestinée et sa capacité à réussir les rites initiatiques.

L’exportation vers le continent américain

La spiritualité africaine se divise en deux grands courants. L’animisme africain d’un côté, sur la partie subsaharienne, et dont la pratique est influencée par l’ethnie, et où l’on retrouve couramment le vaudou, le culte des fétiches et les marabouts. L’autre branche tient à l’importation puis l’évolution de cette spiritualité sur le continent américain, conséquence de la traite négrière. Il est impossible de parler de spiritualité africaine sans la remettre dans le contexte historique de l’horreur qu’a été la mise en esclavage d’un continent entier. Tout comme le peuple juif porte encore le drame du génocide de la Seconde Guerre Mondiale, les personnes d’origine africaine souffrent encore aujourd’hui des conséquences de la mise en esclavage de leurs ancêtres sur plusieurs générations.

Pour rappel, l’un des plus gros ports d’exportation d’esclaves se trouvait à Grand Popo au Bénin, berceau du vaudou. Nous avons la malheureuse habitude de parler des esclaves en tant que caste, or sur le continent africain les personnes n’étaient pas nées esclaves mais réduites à l’esclavage. Par conséquent, lors de rapts d’individus, c’est toute la société qui pouvait devenir esclave, des simples pêcheurs aux chefs coutumiers, en passant par des « officiants » animistes. Le vaudou béninois, togolais, nigériens (Fon et Yoruba) était donc le passager clandestin des bateaux négriers. Malgré l’interdiction, les prêtres «vaudous» ont repris leur pratique dans les exploitations américaines, en premier lieu pour soigner, puis en y associant de plus en plus des rituels. C’est par cette migration forcée que la spiritualité africaine s’est développée sur le continent américain.

Dans ces deux parties du monde, l’officiant animiste aura plusieurs fonctions sociales. Il sera le relais avec les divinités, le régulateur dans les conflits, et le guérisseur par sa connaissance des plantes. Sur le continent américain, ces officiants ont rencontré des difficultés avec la flore qui les entouraient, ne disposant plus des espèces africaines. Ils ont alors puisé dans les savoirs des indigènes qui étaient eux aussi placés en condition d’esclaves. La spiritualité africaine va ainsi connaître une forte influence extérieure, qu’elle provienne de la spiritualité amazonienne des peuples côtoyés dans les exploitations, ou de l’oppression chrétienne des maîtres négriers, qui imposent baptême et cultes du dimanche.

Vont donc naître sur le continent américain les religions du Candomblé, de la Macumba, du Quimbanda, de la Santeria et du vaudou haïtien, de l’Umbanda dont la base est le culte des Orishas, assimilés aux saints catholiques, mais également le culte des ancêtres par le culte de différentes grandes familles spirituelles (lignée des Indiens d’Amazonie, Indiens d’Amérique du Nord, des Gitans, des Marins, des Vieux Noirs…).

Dans la spiritualité africaine, la vision du bien et du mal est beaucoup moins binaire que dans la vision judéo-chrétienne. Le bien et le mal est en chacun de nous, et les représentations divines, ont également leur part d’ombre. La vision du « diable » en Amérique du Sud est très différente de celle de la tradition chrétienne. Cette différence a pu engendrer une vision colonialiste erronée, associant les rites vaudous au satanisme. Le diable, qui porte un autre nom suivant le courant spirituel, est la divinité la plus proche des humains. Il en récupère donc les côtés plus obscurs, mais il est essentiel car c’est le messager, proche de nous, celui qui va appeler les divinités lors de demandes ou de cérémonies.