Frida Kahlo – peintre (magdalena Carmen Frida Kahlo Calderon. Mexico, 1907 – 1954)

Née en 1907 à Mexico City, (Frida choisira plus tard la date de 1910 pour correspondre avec celle de la révolution mexicaine), d’une mère mexicaine métisse et d’un père immigré allemand, Frida est très tôt marquée par la volonté inflexible d’aller au-delà des différences. Atteinte de poliomyélites à l’âge de 6 ans, elle n’en pratique pas moins le sport et la danse. 18 ans, elle échappe à la mort lors d’un violent accident d’autobus, dans lequel elle est transpercée de l’abdomen au vagin. Alitée pendant des mois, la colonne vertébrale brisée et les 2 jambes écrasées, elle se met à peindre des autoportraits mélancoliques, dont elle fait cadeau, pour rompre sa solitude. Dans ses tableaux, elle raconte son histoire selon les variations de son humeur. Le jardin de la Casa Azul, où elle vint au monde et où elle devait mourir, y apparait tantôt comme une jungle aux feuilles velues et aux vignes menaçantes, tantôt comme un havre de paix.

Diego Rivera, peintre mexicain qui deviendra le compagnon de sa vie, la décrit ainsi « Acide et tendre, dure comme l’acier, mais délicat comme l’aile d’un papillon, adorable comme un sourire, mais profonde et cruelle comme la vie. ».  Elle l’aperçoit brièvement en 1922, alors qu’il travaille sur une fresque ornant les murs de son lycée. En 1928, elle va à sa rencontre, voulant recueillir ses conseils sur son propre travail d’artiste. Partageant les mêmes convictions politiques de gauche et un même amour de l’art. Ils se marient peu de temps après. Cependant, les infidélités de Diego mettent le couple à rude épreuve. Ce qui ne les empêchera pas de se témoigner jusqu’à la fin d’un indéfectible soutien. Leur long séjour aux États-Unis (1930-1934), où Diego Rivera réalisera plusieurs fresques qui le rendront célèbre, est cependant émaillé de désillusions. La prestigieuse peinture murale de la Radio City peinte par celui-ci est contestée puis détruite ; de son côté, Frida fait une fausse couche à Détroit. Sa peinture figurant le cadavre d’un fœtus, proche du surréalisme, s’inspire hélas, d’un fait réel.

Frida choisit tout d’abord ses sujets parmi les faits divers, comme le suicide de Dorothy Hale (1938), laquelle se jeta d’un gratte-ciel ou le sanglant  Quelques petites piqûres (1935), qui illustre la navrante déclaration d’un assassin tentant de justifier son crime, le couteau à la main, elle ne ménage pas davantage dans ses autoportraits, tel celui où ses cheveux sont sauvagement coupés, niant sa féminité – peinture qu’elle réalisera lorsqu’elle découvrit la liaison de son mari avec sa propre sœur. Le tableau la représente habillée en homme, en lieu et place de ses fameuses robes Tijuana assorties des lourdes parures de bijoux précolombiens (autoportrait aux cheveux coupés 1940). Dans les deux Frida (1939) sa premièrepeinture en grand format, peint au moment de son bref divorce en 1939, sa robe est lacérée, exposant son cœur ensanglanté. Chacun de ses 150 autoportraits est ainsi investi d’un symbolisme évoquant la douleur et la mutilation. Son corset orthopédique qui réapparait de manière obsédante n’est par ailleurs pas sans rapport avec la sujétion, de la femme dans la société patriarcale.

Frida introduit ensuite dans son travail passionné, chargé d’émotion et de métaphysique, le principe du féminin sacré.

Une fois qui s’inspire de sa culture natale, exubérante et haute en couleur qui rend possible l’apparition singulière de notre dame de Guadaloupe sur l’emplacement d’un sanctuaire païen.

Dans l’étreinte amoureuse de l’univers (1949), elle représente ainsi son propre couple sous les traits d’une madone à l’enfant. Ce tableau fait co-exister ombre et lumière, lune et soleil, incorporant de nombreux symboles de la mythologie mexicaine, notamment la déesse CI-HUACOATL. Les déesses qui tirent de leurs propres attributs personnels, leur dimension sacrée ont sa préférence sur celle qui ne sont que les génitrices de quelques divinités.

 Frida emprunte également des éléments iconographiques à l’art-pré-colombiens et indigènes, au portrait et photographie du 1900s. et à la culture populaire et catholique (ex-voto et vanitas) C’est ainsi qu’elle sublime l’accident de sa jeunesse en un trou blanc ex-voto. La composition en contre-plongée suggère une expérience de sortie du corps (accident, 1926). Ses autoportraits, figés comme des santos, ponctuent les périodes les plus noires de son existence, mais invitent à trouver le courage d’aller de l’avant. Si Frida est imprégnée de culture mexicaine, elle ne bénéficia jamais de la considération artistique qui fut réservée à son mari. Dans un de ses autoportraits les plus étranges, Diego et Moi (1949) elle fait apparaitre le visage de Diego, incrusté l’emplacement du « 3eme œil », entre ses épais sourcils. Cependant les larmes qui jaillissent de ses yeux, suggèrent que son influence fut malheureuse. Cherchant à gagner en autonomie et en indépendance, elle voyage à travers l’Europe en 1939, une commande du gouvernement mexicain vient couronner ses efforts, mais sa santé chancelante ne lui permet pas d’achever le projet. Sa première exposition individuelle, à Mexico, n’a lieu que quelques mois avant sa mort. Elle vient alors à peine de subir sa dernière intervention chirurgicale (sur une trentaine au total), la privant d’une jambe atteinte par la gangrène, Frida décès dans la nuit du 13 juillet 1954 ; auparavant, elle a écrit dans son journal : « j’espère que la sortie sera joyeuse, et j’espère bien ne jamais revenir. »  Ses cendres reposent dans la Casa Azul à Coyoacan, dans une urne précolombienne.

Hissée au rang d’icône pour ses efforts héroïques, Frida Kahlo enseigne à tout un chacun, à travers son œuvre, qu’il chemine seul dans une vallée de larmes, mais que les plus vives souffrances tant physiques que psychologiques peuvent être sublimées par l’intensité de l’amour portée par la vie. Sacralisant tout ce qui est de l’ordre de l’émotionnel et du corporel, elle défie quiconque d’accepter sans détour la confrontation avec la dimension la plus physique de l’existence et, ce faisant, à lui donner tout son sens.

Pensée qui fait écho aux mots apparaissant sur sa dernière toile, une autre mort (les pastèques Viva La vida, 1954) 

Deborah Jenner (FEMMES MYSTIQUES – Robert Laffont)