Gisèle Cossard – Omindarewa

Gisèle Omindaweva

Ancienne résistante francaise, une anthropologue et prêtresse du candomblé , une religion afro-brésilienne, dans l’État de Rio de Janeiro. Elle est connue également sous le nom de Mãe Giselle de Iemanjá.

Gisèle Cossard naît en 1923 à Tanger, au Maroc, où son père a servi comme militaire en 1919, et où il est resté comme instituteur. Sa mère est professeur de musique. Ses parents restent au Maroc jusqu’en 1925. Même si elle dit ne pas garder de souvenir de ce séjour africain,  Giselle Cossard a été marquée par la collection d’objets d’art que ses parents ont rapportée, ainsi que leurs récits de voyage qui constituaient pour elle « une source inépuisable d’émerveillement ».

Son père, est reçu à l’agrégation en 1928. Il est nommé professeur à Paris en 1933.

En 1949, Gisèle quitte la métropole française avec son mari pour un séjour de huit ans en Afrique, où Jean Binon est chargé de développer l’enseignement. Gisèle Cossard prend également conscience, durant ces années sur en Afrique, qu’il existe d’autres façons de penser et de vivre que les approches qui prévalent dans le monde occidental, même si sa méconnaissance des dialectes l’empêche de comprendre réellement le mystère africain.

En 1956, ils retournent en France mais n’y restent cependant que quelques années. En 1958, Jean Binon, est nommé conseiller culturel à l’ambassade française au Brésil. Il rejoint cette nouvelle affectation par avion. Gisèle Cossard et leurs enfants arrivent sur place quelques semaines plus tard, par bateau. Gisèle à trente-six ans. « Je pensais découvrir des Indiens, mais je me suis vite rendue compte que l’Afrique est partout présente », dit-elle de sa découverte de ce pays.

Une fois arrivée, elle apprend vite le portugais et se fait plusieurs amis. Elle commence à s’intéresser aux liens unissant le Brésil et l’Afrique. 

Comme elle, les enfants s’adaptent rapidement à Rio de Janeiro, et se font  beaucoup d’amis. Étrangement, son mari se sent une grande aversion pour le Brésil, les Brésiliens et la culture afro-brésilienne; cette dichotomie ne tarde pas à provoquer des problèmes au sein du couple.

Le 5 décembre 1959, Gisèle Cossard assiste à une cérémonie dans un terreiro de candomblé,  et entre en transe. Après une période d’hésitation, Gisèle Cossard commence son initiation, quelques mois plus tard, en 1960, et devient Omindarewá, qui signifie «l’eau claire».

En 1963, elle se sépare de son mari et part en France soutenir une thèse sur le candomblé à la Sorbonne. Elle y rencontre Pierre Verger, et ils deviennent amis. Devenu professeur d’université, elle essaye de mener une «vie normale» en France, mais en 1972, incapable de supporter la nostalgie et ses enfants devenus indépendants, elle retourne au Brésil.

Les circonstances de la vie (notamment un grave  accident de voiture subi en décembre 1973), la décide à reprendre contact avec un lieu de culte du candomblé et d’y reprendre son initiation. Celle-ci la mène à la charge sacerdotale de Mère de Saint, sous le nom de Mãe Gisele de Iemanjá, d’un temple de la grande banlieue de Rio de Janeiro. Elle fonde son terreiro à mi-décembre 1975

le centre de candomblé animé par Mãe Gisele grandit progressivement et compte jusqu’à 400 initiés. Elle décède en janvier 2016, à Rio de Janeiro, après avoir choisie quelques années auparavant une personne pour lui succéder.

Découvrez par l’histoire de Gisèle, une approche de la culture du Afro-brésilienne.

« Gisèle Omindarewa » de La réalisatrice CLARICE EHLERS PEIXOTO

Hélèna Blavatsky

Hélèna Blatvasky

Hélèna Blavatsky ou Mme Blavatsky, occultiste, théosophe et écrivain, fondatrice de la société théosophique (Héléna Petrovna von Hahn ; Ekaterinoslav, 31 juillet 1931 – Londres, 8 mai 1891).

Née en Ukraine, Hélèna Petrovna est descendante noble par sa mère, Hélèna Andreevena Fadeev et son père le baron Peter von Hahn, colonel et sujet de l’empire russe. Elle apparait néanmoins rebelle aux conventions de la société et à l’opinion publique de son époque. Elle rejoint en cela sa mère, connu pour ses écrits féministes à partir de 1837. Alors qu’elle n’a que 11 ans, sa mère décède. Elle part avec sa sœur Vera et son frère Leonid vivre chez ses grand-parents maternels à Saratov. Là seule personne a avoir une réelle autorité sur elle est alors sa grand-mère, une femme de caractère est d’une très grande érudition. On s’aperçoit parle souvent seule la nuit et on la trouve parfois en grande conversation, jouant et causant avec des camarades imaginaires. Il semble qu’il y ait 2 personnes en elle, une première personne au caractère difficile, indisciplinée et une autre tournée d’avantage vers la mystique et la métaphysique. Dans la demeure familiale, bravant la garde des gouvernantes, elle n’hésite pas à parcourir les souterrains humides de la datcha dans lesquels elle se plait à passer le plus clair de son temps. Sa mémoire se peuple là de fantômes, de gnomes ou de lutins. Lors de vision astrale lui apparait le visage d’un curieux personnage hindou, qu’elle nomme « le maitre des rêves ».

Etonnamment douée pour certaines disciplines, Hélèna développe l’apprentissage des langues par moins de 8, ainsi que des dialectes divers. Excellente cavalière, elle possède également un réel talent pour la musique. C’est à cette époque, aux confins de la Russie, qu’elle fait sa première rencontre avec les traditions de l’Asie, notamment les Kalmucks bouddhistes d’Astrakan placées sous l’autorité son grand-père, gouverneur de la province. Elle devient ainsi familière avec le lamaïsme des bouddhistes tibétains et avec leurs grands prêtres. Elle visite les montagnes de l’Oural en en Sibérie à la limite des territoires de Mongolie, où réside le Terachan Lama.

A l’âge de 17 ans, Hélèna épouse le vice-gouverneur Nicéphore Blavatsky. Le couple ne dura que quelques temps, elle quitte alors la Russie et entreprend de nombreux voyages à travers l’Asie, l’Europe et l’Amérique à la recherche des anciennes traditions, en quête d’une sagesse éternelle. Elle se rend en Inde afin d’y être instruite par les « Mahatmas » ou entre les «  maitre des sagesses » qui lui montre quand combinant la science et la religion on peut arriver à démontrer l’existence du divin et l’immortalité de l’esprit humain. Les philosophies orientales n’admettent d’autre foi qu’une foi absolue et immuable dans la toute-puissance du soi immortel de l’homme. Dès lors, elle remplace la foi aveugle par la connaissance.

Tandis que l’empire Britannique prépare sa fameuse exposition universelle 1851, elle rencontre physiquement, à 20 ans, le maitre qui a peuplé les visions de son enfance, connu sous le nom de M (Morya). Au cours d’une entrevue, il laisse entendre à Hélèna la mission qui l’attend. Le 17 novembre 1875, elle fonde aux états-unis, avec le Colonel Henri Steel Olcott, et quelques personnages connus des milieux ésotériques, la société Théosophique. En 1877, elle publie son premier ouvrage Isis dévoilée, dans lequel elle se livre à la critique de la science et de la religion qui attire l’attention de ses contemporains. Un certain nombre de personnalités scientifiques rejoint la nouvelle société : Thomas A. Edison, l’inventeur du phonographe, le physicien et chimiste William Crookes, de même que le célèbre astronome Camille Flammarion, ou encore l’égyptologue Gaston Maspéro. En 1879, en compagnie du colonel Olcott, elle atteint Ceylan où elle prononce ses vœux bouddhistes puis débarque en Inde. 3 ans après, ils établissent le quartier général de la société Théosophique à Adyar, près de Madras (Chennai) ; début la parution d’une revue, The Thesophiste. Hélèna Blavastsky reçoit en vision des messages de ses maitres de sagesse appartenant à la loge Himalayenne-un noyau d’adepte de différentes nationalités regroupées au sein d’une même loge secrète sur les hauteurs du Tibet. Par un entrainement intensif, il lui permette de lire dans les pensées et lui apprennes par vision astrale la technique de « précipitation », un procéder permettant de communiquer des informations d’un lieu éloigné et d’imprimer un support par écrit. Voyant de longs et larges rouleaux de papier manuscrit, elle a pour tache de reproduire leurs Textes. C’est ainsi qu’elle dirigera la Doctrine secrète.

Alors, qu’elle voyage en Europe (1884), Hélèna Blacatsky apprend que la presse indienne l’accuse d’avoir simulé quelques phénomènes paranormaux. La London Society for Psychical Reseach diligeante une enquête aboutissant au « rapport Hodgson » (1885) qui l’accuse d’être un imposteur et d’avoir elle-même écrit ou falsifié des lettres qu’elle dit venir de soit disant « mahatmas » Il faudra attendre prêt de 100ans pour que la Society récuse le rapport par le biais d’un article du docteur V. Harrison parut dans son propre journal au mois d’avril 1986.

Peu de temps après, elle quitte l’Inde définitivement et regagne l’Europe pour des raisons de santé. Elle vit successivement en Allemagne, en Belgique et s’installe finalement à Londres où elle travaille non sans mal (les relations avec son maitre sont régulières, mais il lui est très difficile de regarder consciemment dans la lumière astrale la rédaction), sur l’ouvrage le plus important de son œuvre, La doctrine secrète, véritable corpus des enseignements théosophiques et sur la Voie du silence,  publié respectivement en 1888 et en 1889.

En 1889, parait également la clé de la théosophie. Elle rencontre alors Annie Besant, militante socialiste et féministe chargée du compte rendu de la Doctrice Secrète paru dans le quotidien The Pall Mall. Ayant rejoint le mouvement théosophique, celle-ci poursuivra plus tard le travail de la société et, par ses talents d’oratrices, permettra l’extension des idées et la vulgarisation des écrits d’Hélèna Blavatsly.

Encore en octobre 1888, Hélèna Blavatsky prophétise dans la première édition que la Doctrine Secrète sera regardée par une grande partie du public comme un roman de l’espace la plus fantastique. Les stances de Dzyan (du sanskrit Dhyâna, « médiation mystique »),  qui fondent l’ouvrage, sont sans doute le premier volume de commentaires des 7 volumes secrets du Kiu-te. Elles traitent  de la cosmogonie de notre propres systèmes planétaires. La Doctrine Secrète établit ainsi plusieurs propositions essentielles : L’existence d’un principe omniprésent, immanent, illimité et immortel, l’éternité de notre univers, la loi de périodicité, des flux et des reflux de celui-ci, la loi d’évolution et l’idée fondammentale que tout âme est une composante de la  « Sur -Ame » universelle. Le but de l’ouvrage est de montrer que la nature n’êst pas un concour fortuit d’atomes. Tout l’univers est vivant, la vie s’épamouit à travers des formes innombrables et elle se manifeste par des formes de plus en plus complexe. Cette manifestation de vie formelle donne naissance à la conscience qui, comme la forme, est en perpétuelle évolution, passant par des périodes d’activités et de repos. Ces lois s’appliquent aux galaxies les plus lointaines, à l’homme et à toutes composantes de la nature (cellules, molécules, atomes). Dans ce processus d’évolution, l’homme possède des états actifs, d’autres potentiels. Il aura à éveiller ses potentiels encore latentes. Par commodité de l’étude de l’enseignements théosophiques, les formes et les énergies qui composent l’homme et l’univers sont divisées en 7 plans. Ainsi l’homme à un corps physique, éthérique, astral, mental, causal, bouddhique et atmique. Il est en interaction avec tous les plans du cosmos et leurs énergies. Pour Hélène Blavatsky, il s’agit de sauver de la dégradation de ses vérités archaïques qui sont le fondement de toutes les religions, de découvrir, jusqu’à un certain point, l’unité fondamentale originelle dont toutes ont jailli, et finalement démontré que le coté occulte de la nature n’a jamais été considéré par la science moderne.

Hélèna Blavatsky est une des personnalités les plus marquantes de l’ésotérisme du dernier quart du 19eme siècle. Appartenant au courant occultiste et théosophique, elle s’oppose d’une part au dogmatisme religieux et d’autres parts au scientisme et au matérialisme.  Son mérite est d’avoir su rendre intelligibles aux occidentaux la métaphysique orientale et les connaissances transcendantales, qui lui ont été révélées : elle a ainsi établi un pont entre ses sagesses et permis de mieux comprendre l’occultisme et certains phénomènes paranormaux (la transmission de la pensée, la survivance de la conscience après  la mort…). Outre sur courant de pensée spirituel du 20eme siècle, sont influence fut importante notamment dans l’art abstrait, chez Mondriant, Kandinsky et Kupka, de même que dans la littérature, chez W.B Yeats, G. Russel et James Joyce pour ne citer qu’eux. Elle laisse aux générations futures le soin de la juger et de comprendre ses écrits, affirmant dans la doctrine secrète, que ce ne serait qu’au siècle suivant que les hommes commenceraient à comprendre et discuter les livres de façon intelligente.

Jean Oizia 

Hildegarde De Bingen

Hildegarde de Bingen

Hildegarde De Bingen, sainte, Docteur de l’église, bénédictine, visionnaire, Prophétesse (Bermesheim, 1098 – Rupertsberg – 1179).

Née près d’Alzey en Hesse rhénane, Hildegarde est la deuxième enfant Mechtilde et Hildebert, rattaché à la famille des barons de Bermesheim. Dotés d’une fille imprégnée de visions lumineuses dès l’âge de 3 ans, ses parents prennent la décision, selon une coutume courante au moyen-âge, de consacrer sa vie à Dieu.  Hildegarde quitte alors son foyer à l’âge de 8 ans pour entrer sous la tutelle de Jutta de Sponheim, qui se retire au monastère bénédictin de Saint-Disibod, dans la vallée de la Naye.

Elle devient oblate en 1106, d’après la règle de Saint-Benoit Ora et labora (« Prie et travaille »), elle est initiée aux chants, aux textes sacrés, des psaumes, de l’Ancien et du Nouveau Testament. Elle développe à la même époque ses dons musicaux. De santé délicate, elle est accablée d’une maladie qui la paralyse. Hildegarde, toujours visitée par la lumière de Dieu, supporte sans se plaindre la douleur, tribut de l’immense grâce qu’elle cache à ses sœurs. Entre 1112 et 1115, elle prononce ses vœux monastiques et reçoit le voile de la Mère de l’évêque Othon de Bamberg. Louée par la communauté des moniales pour ses nombreuses qualités, elle prend la succession de Jutta et devient l’abbesse du couvent de Disibodenberg à l’âge de 38 ans.

À 43ans, Hildegarde est assaillie par une nouvelle vision qui l’exhorte à raconter et écrire ce qu’elle voit et entend. Elle se confie à son amie Richardis, puis à Volmars, son professeur, qui reçoit et ordonne les précieux écrits de son premier opus, alors le Scivias (du latin Sci vias Dei « connais les voies du Seigneur »).

Tremblante devant la grandeur de sa mission, elle en réfère à Cunon, l’abbé du monastère, qui l’encourage et transmet ses écrits à l’archevêque de Mayence. Cherchant appui, Hildegarde se tourne vers Bernard de Clairvaux, rendu célèbre son appel à la deuxième croisade pour Jérusalem, qui intercède en sa faveur lors de l’assemblée plénière organisée par le Pape Eugène III à Trèves en 1147. Consacrée par les plus hautes autorités, elle devient un phare spirituel vers lequel se tournent les cardinaux, les évêques et les laïcs. La protection pontificale permet au message prophétique d’exister.  La vie de la moniale prend dès lors un tournant considérable s’articulant entre ses visions prophétiques et ses nombreuses activités. Face à la fréquentation grandissante des pèlerins venus de toute l’Europe et des nobles jeunes filles qui la sollicitent pour être accueillies dans la communauté de femmes qu’elle dirige, Hildegarde fonde un autre couvent qui lui apparait en vision. Grâce aux dons des fidèles et à l’appui de l’archevêque de Mayence, elle déménage avec ses sœurs en 1150 à Rupertsberg, malgré l’opposition de l’abbé. À force de négociation, elle acquiert les droits exclusifs de la propriété, lui permettant d’obtenir la totale indépendance tant économique que religieuse du couvent, désormais sous la protection de l’archevêque et bientôt de l’empereur Frédéric Barberousse. Là, elle se consacre corps et âme à son prochain. Exigeante et aimante tout à la fois, elle assiste ses filles dont elle prend en compte les besoins corporels, intellectuels et spirituels, elle soigne les malades, leur administre ses propres remèdes, entreprend la rédaction d’un ouvrage sur les sciences de la nature et la médecine, Le livre des subtilités des diverses natures des créatures (Liber subtilitatum diversarum naturarum creaturarum), divisée aujourd’hui en 2 opus Physica et les causes et les remèdes (causae et curae) à l’érudition et à la générosité de la moniale se mêle le merveilleux : les miracles se succèdent, asseyant l’autorité de la Sainte. Elle guérit les fièvres, les tumeurs, les flux de sang. Elle procède également à un exorcisme. Tandis qu’Hildegarde s’applique à la tâche, elle reçoit en vision un nouvel ordre divin qui l’enjoint à sortir du couvent, à devenir la « trompette de Dieu » et prêcher sa parole. Fait exceptionnel pour une abbesse cloitrée, Elle entreprend successivement 4 voyages en Franconie, en Lorraine en descendant le Rhin jusqu’à Werden et en Souabe. Elle rédige entre 1158 et 1173, 2 ouvrages : Le livre des mérites de vie (liber vitae meritorum) et le livre des sœurs divines (liber divinirum operum).

La vie d’Hildegarde s’inscrit dans un siècle riche en tensions intellectuelles, politiques et religieuses. L’église, qui hérite de la querelle des Investitures et l’empire qui sont en conflit. Le désordre politique a son contrecoup dans la discipline de l’église. Il s’en suit un relâche des mœurs et des liens sociaux. Hildegarde prend part aux luttes qui s’annoncent. Tout en se battant pour l’autonomie de sa fondation, elle participe, avec ses sermons et ses prêches devenus célèbres, aux débats de son temps. Très attachée à l’église, elle soutient sans relâche l’activité réformatrice des Papes, en défendant l’institution pontificale contre le pouvoir impérial.

Elle prend parti contre les cathares hostiles au sens et au corps qui selon leurs détracteurs, diffusent un dogme manichéen, situé en dehors de la révélation, rejettent la croyance en l’Incarnation et prônent une ascèse excessive.

Elle n’épargne pas le clergé, qu’elle tient pour responsable de cette hérésie, et l’exhorte à réformer ses mœurs. Son influence dans l’occident médiéval est à son comble. En témoigne la riche correspondance qu’elle entretient avec des représentants du monde profane et religieux, à savoir les laïcs éclairés, les moniales et les moines, les prêtres, les abbesses et les abbés, les archevêques et les évêques, les papes et les empereurs successifs de son temps, Eugène III, Anastase IV, Adrien IV et Alexandre III, Conrad III et Frédéric Barberousse.

En 1165, Hildegarde fait restaurer le monastère de Saint Augustin près d’Eibingen. Presque septuagénaire, elle dirige deux couvents. À la fin de sa vie survient une ultime épreuve. Un jeune homme malade meurt à Bingen après s’être confessé auprès d’un prêtre et avoir reçu les derniers sacrements en privé, sa dernière volonté étant de recevoir une sépulture chrétienne. Hildegarde, qui a eu vent de cette histoire tragique, accepte de faire entrer ce dernier au couvent de Rupertsberg, quelques jours après l’inhumation, elle reçoit une lettre de Mayence qui l’annonce des fautes graves du jeune homme excommunié et qui l’exhorte à exhumer le corps. Convaincue de la légitimité de son acte, l’abbesse refuse la requête de ses supérieurs qui la privent, pour la punir, de célébrer les offices religieux et de les chanter. Tombée malade, Hildegarde prépare une plaidoirie dans laquelle elle loue la musique comme véritable célébration de Dieu. Elle décède le dies natalis de sa fête liturgique, tandis que l’interdiction n’est pas encore levée. Ses reliques posent dans l’église d’Eibingen, près de Rüdeshreim sur le Rhin. Si le procès de canonisation mandaté par le pape Grégoire IX en 1227 et reconduit sous Innocent IV en 1243 n’aboutit jamais pour des motifs inconnus. Hildegarde est une Sainte pour le peuple. Vénérée tout ce temps, le pape Pie XII, prescrivit de célébrer sa fête selon le rite double dans le diocèse d’Allemagne (décret du 21 février 1940). Le pape Benoit XVI l’a inscrite au catalogue des saints le 10 mai 2012 et nommée Docteur de l’Église (elle est la 4e femme à porter ce titre) le 7 octobre de la même année.

Éclairée et guidée par la « lumière vivante », tout au long de sa vie, Hildegarde (surnommée la « Sibylle du Rhin » au 14e siècle) est visionnaire de nature. « Les visions que j’ai vues, témoigne-t-elle, ce n’est ni un songe, ni dans le sommeil, ni en extase, ni par les yeux du corps, ni par les oreilles de l’Homme extérieur, ni en des lieux cachés ; mais je les ai perçues, étant éveillée, des yeux et des oreilles de l’Homme intérieures en des endroits découverts, selon la volonté de Dieu. »

Hildegarde voit au sens fort du terme ; son champ de perception est élargi au point d’évaluer non seulement les apparences extérieures, mais aussi l’essence de toutes choses. Ayant accès à des régions supérieures de l’âme, elle comprend sans les avoir étudiés Psaumes et Évangiles, tout lui vient par révélation, et non par l’étude. Ces proches la disent « Symmista », « co-initiée » aux mystères divins. Hildegarde étant « vase en argile » que Dieu a fabriqué pour lui-même et qu’il a pénétré de son Esprit-Saint afin d’accomplir par lui ses œuvres. Ainsi l’exaltation et la conscience de la mission succèdent toujours à l’état fébrile de l’humble servante. La prophétie est inséparable de la mission, elle prolonge l’expérience visionnaire dans laquelle la relation, essentiellement toujours vers Dieu, s’établit avec les autres. Hildegarde voit et annonce le passé, le présent et le futur comme les prophètes l’Ancien Testament. En ce sens, elle a autant sa place dans l’histoire du prophétisme que dans celle de la mystique. La fonction visionnaire et prophétique est indissociable des capacités créatrices de l’abbesse. Sous l’inspiration divine, elle est tantôt écrivain, tantôt musicienne, elle crée une langue « Lingua Ignota » et un alphabet inconnu (Litterae Ignotae), compose de nombreux poèmes. Érudite dans le domaine des plantes et des minéraux, elle est également médecin. Outre ses 70 chants, hymnes et séquences, on distingue une œuvre littéraire dense, dont une trilogie visionnaire inspirée de ses visions, composée du Scivias (1141-1151), du Livre des mérites de vie (1158-1163), et du Livre des œuvres divines (1163-1173) et des écrits tels que la symphonie des révélations célestes (Symphonia Harmoniae Caelestium revelationum ou Carmina) dans laquelle on trouve l’œuvre des vertus (ordo virtutum), l’explication de la règle de Saint Benoît, la vie de Saint Disibod, La vie de Saint Ruppert, l’Épitre à la congrégation de ses sœurs, l’explication de différents thèmes théologiques et le livre subtilité des natures des diverses créatures (1151 -1158). Son génie littéraire réside, outre dans la description minutieuse de ses visions, dans la manière dont elle les commente et dont elle revisite les grands de la Bible parmi lesquels la Genèse et l’Apocalypse de Saint-Jean, en passant continuellement de mêmes termes d’un sens cosmico-naturel à un sens intérieur humain.

Bien que son œuvre, n’influença pas le Moyen Âge ultérieur, ses écrits sont fameux au point d’inspirer Dante Alighieri, à qui le Scivias souffla sa vision de la Trinité, et Léonard de Vinci. Il faut rappeler qu’Hildegarde a placé l’homme bien avant eux, au cœur du cosmos. Dans une de ses visions, elle fait apparaitre « L’être merveilleusement créé par Dieu », auréolé de 7 plantes qui se font face, au centre d’une roue géante, les pieds et les bras en croix, tendus vers la circonférence faisant écho au croquis anatomique de l’Homme de Vitruve, qui voit le jour plus de 3 siècles plus tard. Pour Hildegarde la création est faite de matière et d’esprit. La perfection des cycles cosmiques et l’incroyable intelligence avec laquelle la nature se renouvelle sans fin révèlent une structure invisible une force unique et primordiale, issue de Dieu qui sous-entend toutes les formes d’existence, dont la nôtre. Un lien mystérieux unit toutes les créatures en elles, une unité régit toute la création traversée de viriditas et rayonnante de beauté. Dans sa vision, le macrocosme et le microcosme, le monde est l’Homme, le corps et l’âme, la nature et le salut sont interdépendants. Il s’en suit que tout désordre introduit quelque part dans l’univers a nécessairement une répercussion jusqu’aux confins de celui-ci. Ce sens de l’harmonie, indispensable de l’équilibre du monde, l’a conduite à entrevoir la relation entre les désordres de l’univers et celui de notre santé, issu des travers de notre conscience. Elle rejoint ainsi les tendances de la médecine holistique avec 800ans d’avance. L’enjeu de cette conception du monde et de l’Homme n’en est pas moins celui de la nature humaine et de sa destinée. En effet, Hildegarde nous enseigne qu’on ne peut comprendre l’être humain dans toute sa dimension sans le situer avec justesse dans la perspective de la création, de la chute, de l’incarnation et de la rédemption. Militant pour le bonheur de l’homme, elle invite celui-ci à se retourner sur le chemin du salut dont son œuvre tout entière est la clé. Adoptant une vision eschatologique, elle traite ses fins dernières de l’homme et du monde à travers l’avènement du jugement dernier et de la Jérusalem céleste, qui doit faire place un ordre nouveau gouverné par le nouvel Adam. En ce sens, elle invite l’homme à construire hic et nunc le royaume de Dieu, répondant à l’attente inquiète de la fin de temps, œuvre tout à la fois intérieure et extérieure à l’être, qui doit poursuivre la mission du Christ et nourrir toute l’humanité. Croisant les approches éthique et religieuse, historique et eschatologique, esthétique et thérapeutique, elle établit un véritable art de vivre, unifiant les besoins les plus élémentaires du corps aux aspirations les plus élevées de l’âme, gage du salut de l’homme et du monde.

Audrey Fella (FEMMES MYSTIQUES – Robert Laffont)

Frida Kahlo

Frida Kahlo – peintre (magdalena Carmen Frida Kahlo Calderon. Mexico, 1907 – 1954)

Née en 1907 à Mexico City, (Frida choisira plus tard la date de 1910 pour correspondre avec celle de la révolution mexicaine), d’une mère mexicaine métisse et d’un père immigré allemand, Frida est très tôt marquée par la volonté inflexible d’aller au-delà des différences. Atteinte de poliomyélites à l’âge de 6 ans, elle n’en pratique pas moins le sport et la danse. 18 ans, elle échappe à la mort lors d’un violent accident d’autobus, dans lequel elle est transpercée de l’abdomen au vagin. Alitée pendant des mois, la colonne vertébrale brisée et les 2 jambes écrasées, elle se met à peindre des autoportraits mélancoliques, dont elle fait cadeau, pour rompre sa solitude. Dans ses tableaux, elle raconte son histoire selon les variations de son humeur. Le jardin de la Casa Azul, où elle vint au monde et où elle devait mourir, y apparait tantôt comme une jungle aux feuilles velues et aux vignes menaçantes, tantôt comme un havre de paix.

Diego Rivera, peintre mexicain qui deviendra le compagnon de sa vie, la décrit ainsi « Acide et tendre, dure comme l’acier, mais délicat comme l’aile d’un papillon, adorable comme un sourire, mais profonde et cruelle comme la vie. ».  Elle l’aperçoit brièvement en 1922, alors qu’il travaille sur une fresque ornant les murs de son lycée. En 1928, elle va à sa rencontre, voulant recueillir ses conseils sur son propre travail d’artiste. Partageant les mêmes convictions politiques de gauche et un même amour de l’art. Ils se marient peu de temps après. Cependant, les infidélités de Diego mettent le couple à rude épreuve. Ce qui ne les empêchera pas de se témoigner jusqu’à la fin d’un indéfectible soutien. Leur long séjour aux États-Unis (1930-1934), où Diego Rivera réalisera plusieurs fresques qui le rendront célèbre, est cependant émaillé de désillusions. La prestigieuse peinture murale de la Radio City peinte par celui-ci est contestée puis détruite ; de son côté, Frida fait une fausse couche à Détroit. Sa peinture figurant le cadavre d’un fœtus, proche du surréalisme, s’inspire hélas, d’un fait réel.

Frida choisit tout d’abord ses sujets parmi les faits divers, comme le suicide de Dorothy Hale (1938), laquelle se jeta d’un gratte-ciel ou le sanglant  Quelques petites piqûres (1935), qui illustre la navrante déclaration d’un assassin tentant de justifier son crime, le couteau à la main, elle ne ménage pas davantage dans ses autoportraits, tel celui où ses cheveux sont sauvagement coupés, niant sa féminité – peinture qu’elle réalisera lorsqu’elle découvrit la liaison de son mari avec sa propre sœur. Le tableau la représente habillée en homme, en lieu et place de ses fameuses robes Tijuana assorties des lourdes parures de bijoux précolombiens (autoportrait aux cheveux coupés 1940). Dans les deux Frida (1939) sa premièrepeinture en grand format, peint au moment de son bref divorce en 1939, sa robe est lacérée, exposant son cœur ensanglanté. Chacun de ses 150 autoportraits est ainsi investi d’un symbolisme évoquant la douleur et la mutilation. Son corset orthopédique qui réapparait de manière obsédante n’est par ailleurs pas sans rapport avec la sujétion, de la femme dans la société patriarcale.

Frida introduit ensuite dans son travail passionné, chargé d’émotion et de métaphysique, le principe du féminin sacré.

Une fois qui s’inspire de sa culture natale, exubérante et haute en couleur qui rend possible l’apparition singulière de notre dame de Guadaloupe sur l’emplacement d’un sanctuaire païen.

Dans l’étreinte amoureuse de l’univers (1949), elle représente ainsi son propre couple sous les traits d’une madone à l’enfant. Ce tableau fait co-exister ombre et lumière, lune et soleil, incorporant de nombreux symboles de la mythologie mexicaine, notamment la déesse CI-HUACOATL. Les déesses qui tirent de leurs propres attributs personnels, leur dimension sacrée ont sa préférence sur celle qui ne sont que les génitrices de quelques divinités.

 Frida emprunte également des éléments iconographiques à l’art-pré-colombiens et indigènes, au portrait et photographie du 1900s. et à la culture populaire et catholique (ex-voto et vanitas) C’est ainsi qu’elle sublime l’accident de sa jeunesse en un trou blanc ex-voto. La composition en contre-plongée suggère une expérience de sortie du corps (accident, 1926). Ses autoportraits, figés comme des santos, ponctuent les périodes les plus noires de son existence, mais invitent à trouver le courage d’aller de l’avant. Si Frida est imprégnée de culture mexicaine, elle ne bénéficia jamais de la considération artistique qui fut réservée à son mari. Dans un de ses autoportraits les plus étranges, Diego et Moi (1949) elle fait apparaitre le visage de Diego, incrusté l’emplacement du « 3eme œil », entre ses épais sourcils. Cependant les larmes qui jaillissent de ses yeux, suggèrent que son influence fut malheureuse. Cherchant à gagner en autonomie et en indépendance, elle voyage à travers l’Europe en 1939, une commande du gouvernement mexicain vient couronner ses efforts, mais sa santé chancelante ne lui permet pas d’achever le projet. Sa première exposition individuelle, à Mexico, n’a lieu que quelques mois avant sa mort. Elle vient alors à peine de subir sa dernière intervention chirurgicale (sur une trentaine au total), la privant d’une jambe atteinte par la gangrène, Frida décès dans la nuit du 13 juillet 1954 ; auparavant, elle a écrit dans son journal : « j’espère que la sortie sera joyeuse, et j’espère bien ne jamais revenir. »  Ses cendres reposent dans la Casa Azul à Coyoacan, dans une urne précolombienne.

Hissée au rang d’icône pour ses efforts héroïques, Frida Kahlo enseigne à tout un chacun, à travers son œuvre, qu’il chemine seul dans une vallée de larmes, mais que les plus vives souffrances tant physiques que psychologiques peuvent être sublimées par l’intensité de l’amour portée par la vie. Sacralisant tout ce qui est de l’ordre de l’émotionnel et du corporel, elle défie quiconque d’accepter sans détour la confrontation avec la dimension la plus physique de l’existence et, ce faisant, à lui donner tout son sens.

Pensée qui fait écho aux mots apparaissant sur sa dernière toile, une autre mort (les pastèques Viva La vida, 1954) 

Deborah Jenner (FEMMES MYSTIQUES – Robert Laffont)