Candomblé, Religion Afro Brésilienne

Je vais aujourd’hui vous donner les bases et vous expliquer ce qu’est le Candomblé.

Le Candomblé est une des religions Afro-Brésiliennes pratiquées au Brésil.

Le but de ce texte va être d’introduire le Candomblé par plusieurs thématiques, de poser les bases historiques, la croyance et le culte qui en découle. 

Le Candomblé, c’est une religion qui mélange, rites catholiques, indigènes et rites africains. 
C’est une religion, je vais insister, qui a émergée au cœur de chrétiens qui ont mis en esclavages des indigènes amazoniens, les habitants des terres que ces colons ont exploités, ou encore des hommes qu’ils ont été chercher d’un autre continent, des hommes issues de différentes tribus d’origine africaine, plutôt Afrique de l’Ouest pour le Brésil.

C’est donc une culture et une religion qui a émergée du plus profond de la souffrance et de l’acculturation et je vais préciser ce mot d’acculturation. 
L’acculturation, c’est le fait de perdre et d’être déraciné de sa propre culture. Comme je l’ai dit les personnes originaires d’Afrique arrivaient notamment au port de Salvador de Bahia et étaient séparées par ethnies, séparées par familles, pour perdre toute racine. Ce qui était aussi le cas aussi avec les tribus amazoniennes- Par ailleurs, il faut garder en mémoire que les colons qui venaient pour exploiter les terres étaient essentiellement d’origine Portugaise et que par essence ils avaient eux aussi une partie de leur culture. On est d’accord qu’ils étaient encore en famille mais ils avaient toutefois perdu une partie de leurs racines, c’est-à-dire qu’ils avaient perdu une partie de leur terre. Ils étaient eux aussi dans une forme d’acculturation.

Tous à un niveau ou à un autre se sont retrouvés acculturés, soit par perte de repères en étant transportés d’un continent à un autre, soit par privation de leurs terres sur place. Pour les personnes venant d’un autre continent, elles ont, de plus, dû faire face à une nouvelle culture, une nouvelle nature et un nouveau climat auxquelles elles ont dû s’adapter et en quelque sorte, avec le temps, s’approprier.

C’est dans ce terreau bien particulier qu’est née le Candomblé.

C’est dans ce terreau- là, de cet espèce de triangle, où il y en a, comme les africains eux avaient complétement perdus leurs racines, leurs ethnie, étaient complétement spoliée de leur terre, je pense qu’ils ne savaient même pas où ils avaient atterris dans le monde, les personnes d’Amazonie, les personnes d’origine du Brésil, eux ont eu une acculturation mais pas sur leurs terres mais par séparation de leurs ethnies et la colonisation de leurs terres, les personnes européennes, par migration, par colonisation, ils envahissaient des terres et ils volaient des terres qui ne leur appartenaient pas. Donc ils ont dû aussi s’approprier la culture, la nature qui les entouraient et le climat. Le Portugal et le Brésil, c’est pas la même chose. 

La religion du Candomblé repose sur le principe d’un Dieu unique. Ce Dieu unique est représenté par des ambassadeurs nommés Orixas. Ces Orixas ont toute une mythologie, une personnalité propre et ont donc des histoires Ils sont liés à des éléments de la nature.
On va avoir, par exemple, l’Orixa des « eaux calmes », l’Orixa des « eaux en mouvements », l’Orixa des « eaux salées », l’Orixa du « feu », l’Orixa de « la foudre », l’Orixa du « vent », l’Orixa des « arcs en ciel », toutes ces parties ou manifestations de la nature , comme peut l’être un arc-en-ciel, sont des manifestations divines des Orixas, des manifestations d’essence divine.
La Nature par essence dans le Candomblé, et comme, je pense, dans toute religion et toute spiritualité, la Nature est l’expression simplement du Divin.

Le Candomblé est aujourd’hui une partie intégrante de la culture brésilienne, vous ne pouvez pas marcher dans un quartier sans qu’il y ait un « Terreiro », une église du Candomblé, une voir deux même dans le même quartier, dans la même rue car les racines du Candomblé sont implantées et font partie du patrimoine du Brésil.

Quand on dit « Afro-Brésilien », on revient sur des racines qui sont essentiellement implantées et dont le tronc de base est implanté en Afrique. Notamment au Bénin. Si on se tourne vers la Santeria Cubaine ou le Vaudou Haïtien, il y aura énormément de similitudes, on retrouvera certains mots communs parce qu’il y a des ethnies africaines qui sont arrivées au Brésil et la même ethnie a migrée plus loin pour se retrouver à Cuba ou à Haïti. La tradition parle aussi d’Orixas, en a même qui sont communs après certains ont pris d’autres formes, mais les racines sont dans les mêmes ethnies africaines. 

De ces racines africaines ont émergées le Candomblé, la Santeria Cubaine, le Vaudou Haïtien et il y a eu des branches qui ont poussées et qui ont donné d’autres mouvements spirituels que la culture du pays s’est approprié. Au Brésil, par exemple, on va parler de l’Umbanda, de la Jurema, qui est l’appropriation les peuples autochtones, il va y avoir un brassage qui se fait et qui va faire germer une spiritualité et une religion à part entière avec une culture à part entière.

Revenons un instant au niveau de l’histoire. Il y a des personnes qui sont mises en esclavage et les colons auront un souci important de les évangéliser. C’est-à-dire que les esclaves se verront imposer le baptême chrétien. Pour garder leur foi, des individus d’origine africaine mise en esclavage vont dissimuler derrière des terminologies chrétiennes leur Dieu et leurs divinités africaines. C’est-à-dire qu’ Omulu, qui est le Dieu africain, qui est le Dieu unique, qui est au-dessus de tout, qui est l’Univers.

Orixala ou Oxala suivant la région du Brésil où vous êtes va se cacher derrière Jésus. Les déesses africaines vont aussi pouvoir être représentées dans différentes saintes catholiques. Vous retrouverez aussi Xango, une divinité vénérée énormément au Bénin, honoré aussi au Bénin dans la culture Yoruba, vous pourrez le retrouver représenté au Brésil sous Saint François d’Assise. 

Bien que l’abolition de l’esclavage s’arrête en 1888, la tradition syncrétique elle va quand même perdurer. C’est-à-dire qu’il y a quand même dans ce métissage, il n’y aura pas un moment un rejet des saints catholiques, une personne d’origine brésilienne en général elle va aller à l’église et elle peut aller au temple d’Umbanda de Candomblé, dans un temple Spirit, tout va se mélanger. Et on ne va pas renier et rejeter les saints catholiques après cette période-là. Et le syncrétisme va permettre en plus de protéger la tradition du Candomblé dans une période aussi compliquée dans l’histoire du Brésil parce qu’il faut rappeler que le Brésil a été une dictature entre les années 70 et 80. Et là il y aura une véritable oppression, une véritable guerre contre les temples traditionnels, d’Umbanda et de Candomblé, rejetés par un parti politique qui restera un format esclavagiste et colon et qui veut maintenir une position d’un Brésil uniquement catholique chrétien.

Je sais que moi, mon Père de Saint avait beaucoup été marqué par cette période-là et qu’il avait beaucoup cette inquiétude de se dire « il faut faire attention, est-ce qu’on parle ou on ne parle pas, c’est compliqué parce qu’on pourrait, cette oppression-là elle pouvait revenir. Et il avait vécu de cela de manière terrible, où il fallait être caché. Si vous passez devant la façade de sa maison, on voyait une maison tout à fait normale, tout à fait typiquement brésilienne, et il fallait rentrer à l’intérieur pour arriver jusqu’au temple. C’est-à-dire que de l’extérieur vous ne pouviez pas imaginer qu’il y avait un temple du Candomblé.




L’Animisme

Candomblé

L’animisme dans sa vision africaine et afro-descendante

L’animisme, qu’il soit noir-américain ou d’Afrique subsaharienne, regroupe de nombreux courants religieux (religion des fétiches, vaudou, Candomblé, Umbanda, Santeria, vaudou haïtien…) dont les grandes bases fondatrices se recoupent. Pour commencer, l’animisme doit être différencié du polythéisme : ici Dieu est unique, Dieu est partout et nulle part, mais il reste très lointain et fort peu soucieux des préoccupations égocentriques des hommes. Pour pouvoir entrer en contact avec Lui et en obtenir les faveurs, il est nécessaire de passer par des intermédiaires humains et des divinités. Les saints catholiques peuvent représenter certains de ces intermédiaires, cependant chaque famille, communauté, village pourra posséder sa propre cosmogonie.  

Mais surtout, pour l’animisme, toute chose a une « âme ». Bien que les appellations soient différentes, la reliance à la nature est immuablement commune. Il est possible de rattacher les déités à un élément du règne animal, végétal et minéral.

Les différentes ramifications animistes, qu’elles soient du continent africain ou du continent américain, reposent sur trois piliers qui ont trait aux ancêtres, à la réincarnation et aux rites initiatiques. Selon le culte des ancêtres, les morts ne sont pas morts. Pour ce qui est de la réincarnation, après la mort du corps physique l’âme va de nouveau vivre sur d’autres plans ou même revenir sur terre. Enfin, chaque être humain doit vivre un niveau d’initiation qui lui est propre, selon ce qui aura été observé au cours d’une pratique de divination. Ce niveau peut être plus ou moins élevé selon sa dimension prédestinée et sa capacité à réussir les rites initiatiques.

L’exportation vers le continent américain

La spiritualité africaine se divise en deux grands courants. L’animisme africain d’un côté, sur la partie subsaharienne, et dont la pratique est influencée par l’ethnie, et où l’on retrouve couramment le vaudou, le culte des fétiches et les marabouts. L’autre branche tient à l’importation puis l’évolution de cette spiritualité sur le continent américain, conséquence de la traite négrière. Il est impossible de parler de spiritualité africaine sans la remettre dans le contexte historique de l’horreur qu’a été la mise en esclavage d’un continent entier. Tout comme le peuple juif porte encore le drame du génocide de la Seconde Guerre Mondiale, les personnes d’origine africaine souffrent encore aujourd’hui des conséquences de la mise en esclavage de leurs ancêtres sur plusieurs générations.

Pour rappel, l’un des plus gros ports d’exportation d’esclaves se trouvait à Grand Popo au Bénin, berceau du vaudou. Nous avons la malheureuse habitude de parler des esclaves en tant que caste, or sur le continent africain les personnes n’étaient pas nées esclaves mais réduites à l’esclavage. Par conséquent, lors de rapts d’individus, c’est toute la société qui pouvait devenir esclave, des simples pêcheurs aux chefs coutumiers, en passant par des « officiants » animistes. Le vaudou béninois, togolais, nigériens (Fon et Yoruba) était donc le passager clandestin des bateaux négriers. Malgré l’interdiction, les prêtres «vaudous» ont repris leur pratique dans les exploitations américaines, en premier lieu pour soigner, puis en y associant de plus en plus des rituels. C’est par cette migration forcée que la spiritualité africaine s’est développée sur le continent américain.

Dans ces deux parties du monde, l’officiant animiste aura plusieurs fonctions sociales. Il sera le relais avec les divinités, le régulateur dans les conflits, et le guérisseur par sa connaissance des plantes. Sur le continent américain, ces officiants ont rencontré des difficultés avec la flore qui les entouraient, ne disposant plus des espèces africaines. Ils ont alors puisé dans les savoirs des indigènes qui étaient eux aussi placés en condition d’esclaves. La spiritualité africaine va ainsi connaître une forte influence extérieure, qu’elle provienne de la spiritualité amazonienne des peuples côtoyés dans les exploitations, ou de l’oppression chrétienne des maîtres négriers, qui imposent baptême et cultes du dimanche.

Vont donc naître sur le continent américain les religions du Candomblé, de la Macumba, du Quimbanda, de la Santeria et du vaudou haïtien, de l’Umbanda dont la base est le culte des Orishas, assimilés aux saints catholiques, mais également le culte des ancêtres par le culte de différentes grandes familles spirituelles (lignée des Indiens d’Amazonie, Indiens d’Amérique du Nord, des Gitans, des Marins, des Vieux Noirs…).

Dans la spiritualité africaine, la vision du bien et du mal est beaucoup moins binaire que dans la vision judéo-chrétienne. Le bien et le mal est en chacun de nous, et les représentations divines, ont également leur part d’ombre. La vision du « diable » en Amérique du Sud est très différente de celle de la tradition chrétienne. Cette différence a pu engendrer une vision colonialiste erronée, associant les rites vaudous au satanisme. Le diable, qui porte un autre nom suivant le courant spirituel, est la divinité la plus proche des humains. Il en récupère donc les côtés plus obscurs, mais il est essentiel car c’est le messager, proche de nous, celui qui va appeler les divinités lors de demandes ou de cérémonies.

Prometra : Promotion des Médecines Traditionnelles

Prometra

Ma rencontre avec Prometra

C’est lors d’une rencontre pendant un stage d’Ecorituel vers Neuchâtel que j’entends parler de PROMETRA France. Des cercles de transe en lien avec la spiritualité africaine, me dit-on.

Je prends les infos, je rentre chez moi, nous sommes le 29 avril. Je prends contact avec la responsable de l’organisation pour m’inscrire pour le stage de septembre. Mon entretien avec Claire Jaillet-Dufour se passe bien, je sens un bon feeling. Je la sens bien ancrée, nous parlons de nos différents voyages entre l’Afrique et le Brésil. Quelques semaines plus tard, je reçois leur newsletter, ils organisent un festival d’été. Une nouvelle fois, je prends mon téléphone, m’inscrit et découvre que je pourrais co-voiturer avec un autre Suisse.

Me voilà, non sens appréhension, début août dans la voiture d’un parfait inconnu pour 8h de voyage. Cet inconnu, donc je tairais le nom, ne l’ai pas vraiment. C’est un journaliste d’exception qui a voyagé, raconté et vécu dans les pays du Sud. Ce trajet qui m’angoissait quelques peu, c’est avéré passer bien trop vite !
Nous parlons comme 2 pipelettes qui se connaissent depuis toujours.
Nous arrivons dans les Cévennes et ce hameau insolite nommé Aiguebonne.

Pour le festival, je me rends compte sur place que je m’étais un peu rapidement jeté à l’eau. Je n’avais quasi pas regardé le programme. Je me laisse donc porter. J’entre dans une yourte avec d’autres femmes assez bavardes et je m’endors le premier soir épuisée sous les tribulations de mes 2 partenaires de chambrée.

Première journée, je suis un peu perdue, mon nouvel ami journaliste est mon repère. Claire est ultra sollicitée, je n’ai que peu d’occasion de la voir.

Très rapidement, je découvre qu’Aiguebonne en été, c’est une rivière en bordure de prés, c’est des vaches en liberté, c’est du soleil mais surtout pleins de rencontres magiques !

Mes damoizelles de chambrée-Yourtes, je le découvre se nomme Nathalie et Carine et s’avèrent des femmes d’une grande gentillesse !

Nous nous rassemblons pour un moment de recueillement, les chants se suivent par-ci par-là. Un moment j’entends le chant de Yémanja de l’autre coté de la salle. Je suis la seule à avoir voyager au Brésil, un frère est dans la salle.

Claire nous invite à un 1er cercle d’union dans son temple. Son temple est à ciel ouvert, c’est comme au Brésil, c’est comme à la maison.

Je vous transmets sa prière pour le cercle d’union que je trouve magnifique :

« Je rends hommage à Dieu,
Au levant, au Zénith, au couchant.
Aux esprits de cette Terre d’Afrique et du Monde.
Que nos coeurs se rapprochent ainsi que nos mains.
Le cercle d’union que nous formons nous relie au passé et nous prolonge vers l’avenir.
Nos grand-parents le faisaient,
Nous sommes en train de le faire aujourd’hui
Pour permettre aux générations futures de perpétuer ce rituel.
Inspirons nous de la grandeur de ce symbole,
Imprégnons-nous de la profondeur de ce geste
et restons convaincus que main dans la main,
nous serons capables de relever tous les défis. »

Après ce cercle et cette profonde invocation, je sens l’énergie qui monte, je sens la protection du temple, je sens l’accueil de monde invisible.

Je vois Claire dans son rôle d’officiante, je suis touchée par sa présence. Elle nous invite à un moment de connexion pour la réconciliation entre l’Europe l’Afrique et l’Amérique.

Le reste du festival se déroulera toujours sous le même respect entre des moments profondément Sacré et de franche rigolade profane.

Je rencontre de magnifiques personnes… Le lien est fait, c’est en larme que je partirai une semaine plus tard que la date initialement prévue.

Le lien est fait au delà même de ma conscience.

En août, j’étais encore loin de me douter que j’allais y retourner presque 6 fois en 6 mois et ce festival va me mener aux portes du non-retour à Ouidah au Bénin.

Mais Prometra, c’est quoi ?

PROMETRA International est une organisation non-gouvernementale qui dispose de 26 représentations à travers le monde (Afrique, USA, Europe, Caraïbes, Océanie) dont le siège est à Dakar au Sénégal.

La mission de Prometra :

Revaloriser les religions anciennes et la spiritualité universelle en tissant des liens entre les cultures à travers le monde.  

réintroduction judicieuse des médecines traditionnelles 

dans nos pratiques contemporaines »

Son Président, le Dr. Erick V. A. Gbodossou est un médecin gynécologue et psychiatre qualifié et un guérisseur traditionnel initié. Le conseil d’administration de l’organisation se compose de présidents des représentations nationales dans le monde entier.

Par son action, PROMETRA s’est donné pour mission de réintroduire de façon réfléchie et judicieuse les médecines traditionnelles dans les programmes de santé nationaux des pays africains.
Sa mission s’accomplit à travers le plaidoyer, la promotion culturelle, la recherche scientifique, l’éducation, les relations internationales et la réhabilitation des savoirs traditionnels pour un développement endogène durable.

Docteur Erick V. A. Gbodossou a donc confié la branche française de PROMETRA à Claire Jaillet-Dufour. Claire, une femme discrète, que je soupçonne un peu timide mais une véritable force de travail et d’action. Son parcours de vie, je n’ai pu encore qu’effleurer la richesse de son histoire. Ce qui fera le contenu d’un article prochain.

Pourquoi me suis-je sentie touchée par la démarche de PROMETRA ?

Avant tout car, elle invite à un regard neuf sur les médecines traditionnelles du monde entier. C’est une invitation a lâché les préjugé pour accepter ce qui est.

Cérémonie de remise du bâton de pouvoir au Mexique

bâton de pouvoir

Entretien avec Daniel Wermus.

Daniel Wermus décrit avec minutie le rituel réalisé lors de l’intronisation du nouveau président mexicain. Pourquoi cette cérémonie est un véritable tournant dans l’histoire Sud américaine ?  Pourquoi ces images sont-elles vectrices d’espoir ? 

Daniel Wermus est journaliste, dans le cadre de ses fonctions il a voyagé dans plus de 50 pays d’Afrique, d’Amérique latine et d’Asie. Licencié de l’Institut de Hautes Etudes Internationales, il a travaillé à la Tribune de Genève avant de créer InfoSud en 1988. Daniel a consacré sa carrière à donner la parole aux personnes que personne n’écoute.

Cérémonie du bâton de pouvoir au Mexique, Obrador, un président pas comme les autres.

« J’ai été très impressionné par les images de l’intronisation du nouveau président mexicain Andrés Manuel López Obrador. Intronisation qui se passe sur la place centrale de Mexico, qui s’appelle le Zocalo. Selon les estimations, au moins un million de personnes ont assisté à l’évènement.

Debout sur la scène, le nouveau président se trouve entouré des leaders spirituels représentants les 68 peuples indigènes mexicains. Il se prête à un rituel de salutation de tous les esprits du monde avec l’invocation des quatre points cardinaux. Durant la cérémonie, les leaders spirituels s’adressent au Nord à L’Est au Sud à L’Ouest, ce sont à la fois des représentations terrestres ainsi que spirituelles de différentes qualités. Par ce biais des quatre points cardinaux, on sollicite des bénédictions du monde spirituel pour l’immense tâche de diriger un pays comme le Mexique qui ,comme nous le savons est en proie à une violence extrême face au narcotrafic, et aux problèmes de l’immigration. Le Mexique se voit obliger par les Etats-Unis, qui ne veut pas de ses migrants, de jouer le rôle de gendarme. Le Mexique reste sur une instabilité politique gangrénée par la corruption. Lopes Sabrador arrive au pouvoir, il a été élu par une grande majorité de Mexicains, il représente l’aile gauche, les ouvriers, les gens d’en bas qui ont un grand espoir de changement. Il incarne aussi un espoir dans la lutte contre la corruption face à des élites qui ont gouverné le Mexique pendant un siècle .

Ce contexte politique est mis en présence du monde spirituel, c’est une grande nouveauté par rapport à ce que nous vivons depuis longtemps où tout est séparé. Le monde politique jusqu’alors ne voulait pas entendre parler de l’ingérence du monde spirituel. Il y a tout à coup un président avec sa cravate et son complet, certes un peu maladroit et emprunté au début, mais qui est là, avec beaucoup de respect, entouré de tous ces grands chamans indigènes, des hommes et des femmes, qui font une cérémonie avec la fumée et des incantations. Ils lui parlent très gentiment et très respectueusement en lui demandant de répéter les paroles, paroles Sacrés de grande bienveillance, s’adressant au monde spirituel.

Cette cérémonie est le rituel de remise du bâton de commandement. Symboliquement dans le monde indigène, le bâton permet d’inspirer les leaders, de leur donner l’énergie et la force pour pouvoir gérer la direction d’une communauté. Le bâton du commandement, c’est un grand bâton avec différents tissus de différentes couleurs, c’est « mandar obedeciendo al pueblo », commander en étant au service du peuple, ce qui est très différent de commander en étant le tout puissant et en faisant ce que bon lui semble.

C’est une cérémonie très puissante car elle a été transmise avec humilité et gentillesse mais surtout un tel espoir que l’alliance avec le monde spirituel va permettre d’aller vers un monde meilleur pour tout le monde, y compris les blancs d’origines européens qui ont persécuté les indigènes depuis 500 ans, qui ont commis un génocide de millions et de millions de gens, disparus suite à la colonisation espagnole. Il y a ensuite eu des siècles de mépris et de persécution qui durent encore aujourd’hui. Malgré le passé, que nous pouvons comparer à la situation des afro descendants des suites de l’esclavage, à la colonisation, aussi au racisme qui subsiste aux Etats-Unis, comme en Europe. Le monde indigène est empreint d’une attitude humble et bienveillante qui va vers le pardon et la réconciliation malgré tout ce qui s’est passé. En offrant cette réconciliation, on offre en fait un monde meilleur à tout le monde. »

Le bâton de pouvoir raconté par Daniel Wermus

Retrouver le travail de Daniel Wermus, dans Madre Tierra !

Je tiens chaleureusement à remercier Daniel pour notre échange aussi empreint de bienveillance et de respect. Deux qualités qui caractérisent cet homme. Je tiens à te remercier Daniel pour notre amitié partagée au long de tous ces kilomètres dans ta voiture. Je viens aussi sincèrement te remercier d’être sur ton chemin, dans la justesse et la sagesse, d’être l’homme qui donne la parole à ceux qui ne peuvent se faire entendre.

J’ai tenu à proposer un article sur cette cérémonie car c’est un acte symbolique, un rituel, important que le président Obrador nous montre. Il ritualise de manière Sacré sa nouvelle prise de fonction. Je crois sincèrement qu’il faut beaucoup d’humilité pour pourvoir se remettre à la bénédiction des peuples indigènes afin d’honorer ses nouvelles responsabilités. Nous sommes loin du Fouquet’s de Monsieur Sarkosy, pied de nez au peuple d’en bas.

Le président Obrador demande la bénédiction des tribus jusqu’alors opprimées, rejetées voire persécutées… et plus d’un million de mexicain sont présents pour assister à cette célébration. Ce qui me touche tout particulièrement, c’est comment faire résilience quand il y a eu tant de souffrances, le poids du passé est trop lourd, la situation actuelle de Mexique est dramatique, d’une violence extrême, le président Obrador en prenant le bâton de Pouvoir, s’en remet à plus Grand que lui. Pour faire résilience, il est possible de s’en remettre à plus grand que soi.

C’est un exemple dont nous pouvons nous inspirer pour ritualiser un évènement, par exemple, professionnel. Dans le cas du bâton de pouvoir, c’est une acceptation d’un certain nombre de valeurs symboliser dans un objet. Chacun de nous, peut créer son propre bâton de pouvoir dans lequel, il peut y nouer ses propres engagements, convictions et visions. C’est une Sacralisation de ses engagements professionnels.

Par l’expérience du Sacré, l’esprit humain saisi la différence entre ce qui se révèle comme étant réel, puissant, riche et significatif, et ce qui est dépourvu de ces qualités, c’est-à-dire le flux chaotique et dangereux des choses, leurs apparitions et disparitions fortuites et vide de sens.

Mircéa Eliade

La spiritualité africaine

spiritualité africaine

La spiritualité africaine

« Pierre Verger aimait dire qu’au cours des cérémonies, les adeptes regardaient plus vers la Terre Nourricière des ancêtres que vers le Ciel où est censé se trouver un Dieu suprême.  »

Vodun et Orisha, Catherine & Bernard Desjeux.

Je pars en Afrique en Janvier. C’est avec le groupe Prometra que je vais rejoindre les plages de Ouidah au Bénin. Je tiens à faire un article avant mon départ afin de parler de spiritualité universelle, des rites universels.

La vie m’amène à vivre cette universalité en Afrique.

L’Afrique, ses mystères, légendes, histoires… mais surtout avec nos yeux d’Européens, méconnaissance et encore trop souvent clichés.

Les rites africains, comment les appréhender ? Les regarder avec notre vision culturelle, nos lunettes ? Lunettes européennes qui ne peuvent pas encore être parfaitement détachées de nos rapports de dominant-dominé, sauveur-à sauver. Comment regarder la spiritualité africaine droit dans les yeux, voire avec beaucoup d’humilité. Je me souhaite, dans ce partage, d’être la plus juste possible mais surtout la plus ouverte possible

En préparant ce voyage, je me suis confrontée à mes propres clichés. La spiritualité africaine, c’est me confronter à ma propre histoire en tant que Française, c’est regarder l’esclavage. Préparer ce voyage, c’est sortir complètement de mes repères. Un seul vocable peut nous ébranler, un seul mot nous sort de notre « confort », c’est le mot « VAUDOU ».

Je crois donc que c’est par là que je vais commencer.

La spiritualité africaine vu par les européens, c’est la vision d’une poupée et des aiguilles, un culte sataniste qui cultive la peur.

La spiritualité africaine, n’est pas une religion mais une voie spirituelle. Ce n’est donc pas un ensemble de dogmes et de croyances mais une façon d’être relié aux forces de l’Univers, comme en en faisant partie… Y est présent comme divinité, L’eau, le Feu, la Terre et l’Air… Dans le Cycle de la Vie, la spiritualité, c’est la matrice qui accueille le souffle des éléments et des esprits et qui a permis de donner vie aux créatures.

Je vais donc essayer autant que faire ce peu de partager et de vous traduire mon voyage avec ce que je souhaite de plus ouvert d’esprit.

Voici par exemple quelques bases transmises par Erick GBODOSSOU, Président de Prometra International. Je me permets de prendre les points, de transmettre ce que j’en comprends.

La spiritualité africaine :

L’Homme a toujours disposé de 3 moyens pour communiquer avec le Divin, une autre forme de réalité.

LA PAROLE : L’incantation.
La puissance du Verbe. C’est la prière. C’est le pouvoir des mots. La sagesse de la transmission orale, c’est le chant.

LA DANSE : La puissance du mouvement.
Là déjà, lier la danse et la spiritualité, c’est plus complexe pour nous autres européens, souvent engoncés dans notre corps. Regarder Jésus sur sa croix, sa rigidité, ce n’est évidemment pas une invitation au mouvement.

Ce voyage en Afrique sera donc pour moi l’occasion de suivre le rythme et de faire pénétrer les vibrations au plus profond de mon être.

Danser, c’est « subir » le regard de l’autre, tout comme le chant… « je ne sais pas chanter, tout comme je ne sais pas danser… ». Ce voyage sera donc une invitation à vivre le mouvement, la vibration à l’état pur, de laisser guider mon corps, de suivre le mouvement, la danse, tout ça sans « conservatoire » préalable.

LE SYMBOLE : Le signe, la puissance de l’image.

Le symbole comme énergie puissante de reliance. Jusqu’ici tout va bien. Les mandalas, le triskel celtique, la croix… Sur ce point de nouveau nous nous trouvons dans une vision universelle. Conscient ou non, le symbole est présent dans nos vies, dans nos gestes et dans nos rêves… voire sur nos peaux pour les adeptes du tatouage.

Voici donc les fondements d’une religion qui est réduite à la sorcellerie, à la magie noire. Je souhaite dans les prochains articles ouvrir sur le sujet de la spiritualité africaine au travers de mon vécu et de mes propres expériences.