Chamanisme en Mongolie : Origines, Rituels et Sagesse Ancestrale

Par Virginie — Yalorisha, initiée au Candomblé afro-brésilien, autrice et accompagnatrice spirituelle


Le chamanisme en Mongolie est l’une des traditions spirituelles les plus anciennes et les plus complètes de l’humanité. Né dans les steppes de l’Altaï il y a plus de 30 000 ans, il repose sur la croyance en un monde habité par des esprits invisibles — dieux du ciel, ancêtres, gardiens de la nature — avec lesquels un intermédiaire humain, le chamane, entre en communication par la transe pour guérir, protéger et guider sa communauté. Loin d’être une curiosité ethnographique réservée aux voyageurs, ce système spirituel vivant répond à des questions universelles sur la mémoire ancestrale, la guérison des blessures et la place de chacun dans le tissu du monde.

Je m’appelle Virginie, connue sous le titre de Yalorisha, initiée aux traditions afro-brésiliennes et au culte du Candomblé. Depuis des années, je parcours les ponts invisibles qui relient les grandes traditions chamaniques du monde. Le chamanisme mongol m’a profondément touchée, car il parle la même langue que mes propres pratiques : celle des ancêtres, des esprits protecteurs, et de la guérison qui traverse les générations. Dans cet article, je vous invite à découvrir cette tradition millénaire de l’intérieur — ses origines, ses rituels, ses gardiens, et ce qu’elle peut nous enseigner aujourd’hui, où que nous vivions.


Cosmologie chamanique mongole illustrée : cinq mondes superposés reliant ciel et terre, esprits Tngri dans les nuages, ancêtres dans les racines, palette bleu nuit et or, style illustration mystique contemporaine

Qu’est-ce que le chamanisme mongol ? Définition, croyances et cosmologie

Le chamanisme est-il une religion ?

Le chamanisme mongol, appelé böö mörgöl en mongol, n’est pas une religion au sens institutionnel du terme. Il n’a ni clergé structuré, ni textes sacrés figés, ni église. C’est un système symbolique de tradition orale qui organise le rapport des êtres humains au monde invisible : esprits de la nature, divinités célestes, et ancêtres défunts. Comme le souligne le professeur D. Bumb-Ochir dans sa conférence Définir le chamanisme, la question de son statut religieux fait encore débat parmi les chercheurs du monde entier, précisément parce qu’il transcende les catégories que nous utilisons habituellement.

Ce qui le distingue d’une religion classique, c’est son caractère radicalement expérientiel : il n’y a pas de foi à professer, mais une relation vivante à entretenir avec des forces que l’on ressent, que l’on honore, et qui agissent en retour. En ce sens, il est très proche de ce que je vis dans mes propres pratiques : une alliance concrète avec des puissances qui dépassent le seul esprit rationnel.

La cosmologie mongole : les cinq mondes

La vision du monde chamanique mongole repose sur une cosmologie à cinq niveaux :

  • Le monde des vivants (aye) : notre réalité quotidienne
  • Le monde des esprits supérieurs (tngri) : les 99 divinités célestes
  • Le monde intermédiaire : des esprits neutres ou en transit
  • Le monde des eaux : esprits des rivières, lacs et océans
  • Le monde des gardiens de la nature : esprits des montagnes, forêts et animaux

Le chamane est celui qui navigue librement entre ces mondes lors de la transe rituelle. Son rôle social est immense : médecin, thérapeute, diplomate spirituel, gardien de l’équilibre entre les communautés humaines et les forces invisibles qui les entourent.

Les Tngri : les 99 divinités du ciel

Au sommet de la cosmologie chamanique mongole trônent les Tngri (parfois écrits Tengri), les 99 divinités célestes réparties en deux grandes catégories : les 55 Tngri de l’Ouest (bienveillants) et les 44 Tngri de l’Est (plus austères). À leur tête, le Tengri suprême — le Ciel-Père — forme une dyade cosmique avec Etügen Ekh, la Terre-Mère, représentation spirituelle de la terre nourricière.

Dans la religion populaire mongole, Gengis Khan lui-même est considéré comme l’une des incarnations du Tengri, ce qui explique le rôle sacré qu’il joue encore aujourd’hui dans la cosmologie nationale. La montagne Burkhan Khaldun, lieu de naissance et de sépulture présumé du Grand Khan, est ainsi inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2015 comme site sacré chamanique et bouddhiste.

Les ancêtres comme esprits guides : les Ongod

Les ongod sont les esprits des ancêtres chamanes qui, après leur mort, continuent d’agir comme guides et protecteurs de leur lignée. Chaque chamane entretient une relation particulière avec ses ongod héréditaires — ils sont à la fois sa source de pouvoir et sa responsabilité. Cette relation aux ancêtres comme présences actives dans le présent est l’un des points qui résonne le plus fortement avec mes propres pratiques dans le culte des Orishas.

Chamanisme noir, blanc et jaune : quelles différences ?

TypeOrientationInfluencePratiques principales
Chamanisme noir (böö)Esprits sombres, mondes inférieursChamanisme traditionnel purExorcismes, guérison des maladies graves, protection
Chamanisme blanc (cagaan böö)Esprits célestes, TngriChamanisme traditionnel purBénédictions, divination, rituels de passage
Chamanisme jaune (shar böö)SyncrétismeBouddhisme tibétain (Gelugpa)Rituels intégrant sutras bouddhistes et invocations chamaniques

Cette distinction est cruciale et souvent ignorée des sources généralistes. Le chamanisme jaune, né du contact avec le bouddhisme tibétain à partir du XVIe siècle, ne remplace pas les deux formes originelles — il les enrichit d’une couche supplémentaire, créant un syncrétisme vivant unique au monde.


Des steppes de l’Altaï à l’Empire : histoire et origines du chamanisme mongol

La Mongolie, berceau du chamanisme mondial

Le chamanisme prend ses racines dans les steppes de l’Altaï, dans ce corridor géographique entre la Sibérie et la Mongolie actuelle où les premières traces de pratiques chamaniques remontent à la préhistoire — certains préhistoriens datent les peintures rupestres à contenu chamanique de l’Altaï mongol de plus de 12 000 ans. C’est de là que le terme lui-même est originaire : šaman, mot du peuple toungouse de Sibérie, signifie littéralement « celui qui sait » ou « celui qui est agité par les esprits ».

Pour l’anthropologue française Roberte Hamayon, directrice d’études à l’EPHE et médaillée d’argent du CNRS, dont les travaux sur le chamanisme sibérien et mongol ont fait autorité pendant plus de 50 ans, le chamanisme mongol et sibérien constitue le « substrat religieux traditionnel » le plus ancien et le plus complet des peuples autochtones d’Asie du Nord.

Gengis Khan et le chamanisme : foi et conquête

Au XIIIe siècle, Gengis Khan proclame le chamanisme religion officielle de l’Empire mongol, tout en pratiquant une tolérance remarquable envers les autres cultes de son empire. Sa relation au ciel (Tengri) était celle d’un élu : il se considérait comme l’instrument de la volonté divine pour unifier les peuples des steppes. Cette dimension sacrée du pouvoir politique est une caractéristique fondamentale du chamanisme mongol — le spirituel et le temporel n’y ont jamais été séparés.

La survie sous le communisme : 70 ans de résistance spirituelle

Entre 1921 et 1990, la Mongolie communiste tente d’éradiquer les pratiques chamaniques. Des milliers de chamanes sont emprisonnés ou exécutés, les temples détruits, les rituels interdits. Pourtant, le chamanisme survive clandestinement dans les familles, transmis de bouche à oreille, de grand-parent à petit-enfant. Cette résistance silencieuse témoigne de la profondeur de l’ancrage chamanique dans l’identité mongole.

La renaissance depuis 1990 : un retour au monde

Depuis la démocratisation de 1990, le chamanisme mongol connaît une renaissance spectaculaire. Des associations chamaniques se reconstituent à Oulan-Bator, de jeunes Mongols urbains redécouvrent leurs racines spirituelles, et l’UNESCO inscrit en 2017 les pratiques traditionnelles mongoles de vénération des sites sacrés sur sa liste de sauvegarde urgente — reconnaissant à la fois leur valeur universelle et leur fragilité face à la mondialisation.


Chamane mongol frappant son tambour rituel hengereg lors d'une cérémonie nocturne, flammes, fumée de genévrier, costume traditionnel, ambiance mystique profonde, illustration numérique réaliste

Le chamane mongol : don, initiation et mission spirituelle

Zairan et Udgan : chamanes hommes et femmes

En mongol, le chamane homme s’appelle zairan et la chamane femme udgan. Contrairement à certaines traditions où le rôle chamanique est strictement masculin, le chamanisme mongol reconnaît pleinement le pouvoir chamanique féminin. Les udgan sont historiquement parmi les chamanes les plus puissantes, particulièrement dans les rituels liés aux naissances, aux passages et aux soins.

La touche de l’esprit : comment le don se révèle

Selon la définition officielle du chamanisme mongol selon l’UNESCO, les chamanes sont « divinement nommés à la naissance », montrant des signes qui gagnent en intensité avec l’âge. Ces signes, que l’on appelle la « touche de l’esprit », peuvent inclure :

  • Des comportements inhabituels dès l’âge de 7 ans
  • Des visions ou rêves prémonitoires récurrents
  • Une sensibilité extrême aux espaces et aux énergies
  • Des évanouissements ou états de conscience modifiés inexpliqués
  • Un don de guérison spontané qui se manifeste sans formation

Ce qui me frappe, c’est la ressemblance frappante avec l’appel des Orishas dans le Candomblé. Personne ne choisit vraiment d’être initié — c’est l’esprit qui choisit, et le refus de répondre à cet appel peut avoir des conséquences graves sur la santé et l’équilibre de l’élu.

La maladie initiatique : souffrir pour être élu

La maladie initiatique (šamanyn ötöl) est l’une des notions les plus fascinantes du chamanisme mongol. Elle désigne la période de souffrance physique et psychique intense que traverse le futur chamane avant d’accepter sa vocation. Migraines chroniques, états dissociatifs, maladies inexpliquées, crises qui déroutent la médecine conventionnelle — ces symptômes sont interprétés non comme une pathologie, mais comme un appel des esprits qui réclament leur chamane.

La guérison de cette maladie n’est possible que par l’acceptation du don et le commencement de l’initiation. C’est un passage, pas un état permanent.

La transmission héréditaire et l’apprentissage

Le don chamanique se transmet au sein des lignées familiales, mais pas systématiquement de parent à enfant. Les esprits ancestraux (ongod) choisissent eux-mêmes parmi les descendants celui ou celle qui recevra le don. Une fois l’appel reconnu, l’apprentissage auprès d’un maître chamane peut durer plusieurs années. Ce sont cependant les esprits ancestraux eux-mêmes qui demeurent les principaux enseignants — le maître humain guide, mais les esprits transmettent.


✦ Regard d’initiée — Virginie, Yalorisha

Ce que le chamanisme mongol m’a enseigné sur ma propre trajectoire, c’est que la souffrance précède toujours l’ouverture. Ma propre initiation au Candomblé a été précédée d’une période trouble que je ne comprenais pas à l’époque. Quand j’ai lu les descriptions de la maladie initiatique des chamanes mongols, j’ai reconnu quelque chose que j’avais vécu. Les esprits ne frappent pas toujours à la porte poliment — parfois, ils défoncent la porte. Et c’est souvent une grâce.


Collection d'objets rituels chamaniques mongols disposés sur une surface en bois : tambour hengereg, miroir toli gravé, osselets shagai, guimbarde, foulards bleus khadag, lumière naturelle chaude, style photo ethnographique artistique

Rituels, outils et cérémonies sacrées du chamanisme mongol

Le tambour hengereg : le « cheval » qui transporte l’âme

Le tambour chamanique (hengereg) est l’instrument central de tout rituel. Il n’est pas seulement un outil musical — c’est le « cheval » du chamane, le véhicule qui lui permet de voyager entre les mondes lors de la transe. Chaque tambour est fabriqué à partir de bois et de peau d’animaux spécifiques, choisis selon les indications des esprits. Il est considéré comme un être vivant qui doit être « réveillé » lors d’un rituel d’inauguration.

Le rythme monotone et répété du tambour provoque un état de conscience modifiée (la transe chamanique) en agissant sur les ondes cérébrales — un phénomène désormais étudié par les neurosciences cognitives.

La guimbarde et les instruments de transe

La guimbarde (huur) complète le tambour dans de nombreux rituels. Placée entre les dents du chamane, elle produit un son métallique vibrant qui facilite l’entrée en transe. Le chant harmonique (khöömei), inscrit au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en 2010, est également utilisé dans certains contextes rituels — le chamane imite les sons de la nature pour entrer en résonance avec les esprits des lieux.

L’Ovoo : le cairn sacré, pont entre visible et invisible

L’Ovoo est un cairn de pierres érigé sur les hauteurs, aux carrefours ou près des cours d’eau — partout où le visible et l’invisible se touchent. Il est à la fois un autel, un point de contact avec les esprits du lieu, et un marqueur territorial sacré. Autour de l’Ovoo, les rituels de circumambulation (tourner trois fois dans le sens des aiguilles d’une montre) scandent les passages, les demandes de bénédictions et les remerciements aux esprits.

La grande montagne Burkhan Khaldun, lieu sacré entre tous, est décrite par l’UNESCO comme un site où « les cérémonies ont été façonnées par la fusion de pratiques chamaniques et bouddhistes anciennes » — illustrant parfaitement ce syncrétisme vivant que j’évoque plus loin.

Offrandes, fumigation et purification énergétique

Les offrandes rituelles (tailgan) comprennent :

  • Le lait : symbole de pureté et d’abondance, aspergé vers le ciel ou versé sur l’Ovoo
  • La vodka : alcool offert aux esprits comme signe de respect et d’alliance
  • La fumigation au genévrier (ars) : purification de l’espace, des personnes et des objets rituels
  • Les foulards bleus (khadag) : symboles du ciel et de la bénédiction, noués sur les Ovoos

Ces pratiques de nettoyage énergétique et de purification sont universellement partagées entre les traditions chamaniques — du Candomblé qui utilise les herbes sacrées (ervas) aux pratiques amérindiennes de la sauge blanche.

La divination chamanique : osselets, miroir et omoplate

Le chamane mongol pratique plusieurs formes de divination (ghatal) :

  • Les osselets (shagai) : petits os de mouton dont la position à la chute révèle un message des esprits
  • Le miroir chamanique (toli) : disque métallique inscrit de symboles, à la fois outil de divination et armure spirituelle
  • L’omoplate de mouton (dalangch) : chauffée au feu, les craquelures qui se forment sont interprétées
  • La géomancie : lecture des configurations de la terre et des éléments naturels

Cette dernière pratique — la géomancie — est précisément l’une de celles que j’utilise dans mes propres consultations pour guider les personnes dans leurs choix de vie.


Monastère bouddhiste mongol avec des drapeaux de prière colorés et un Ovoo chamanique visible au premier plan, montagne sacrée en arrière-plan, lumière dorée de fin de journée, style photo de voyage spirituel

Chamanisme et bouddhisme en Mongolie : coexistence et syncrétisme

Comment deux traditions ont appris à coexister

À partir du XVIe siècle, le bouddhisme tibétain de l’école Gelugpa s’implante massivement en Mongolie, bénéficiant du soutien des souverains. Mais contrairement à ce qui s’est passé dans de nombreuses autres cultures où les religions importées ont écrasé les traditions locales, en Mongolie, le chamanisme et le bouddhisme ont développé une coexistence négociée — parfois conflictuelle, souvent complémentaire.

Aujourd’hui encore, de nombreux Mongols pratiquent les deux traditions sans contradiction perçue : ils visitent les monastères bouddhistes et consultent des chamanes selon les besoins. Cette fluidité spirituelle est une leçon d’une modernité remarquable.

Le chamanisme jaune : quand deux mondes se rencontrent

Le chamanisme jaune (shar böö) est né de cette rencontre. Les chamanes jaunes intègrent dans leurs rituels des sutras bouddhistes, des représentations de divinités tibétaines, et adoptent parfois des éléments de la tenue monastique — tout en conservant le tambour, la transe et la médiation avec les esprits. C’est un syncrétisme vivant, né non d’une imposition mais d’une absorption mutuelle et progressive de deux systèmes qui partageaient déjà beaucoup en commun.


Chamane Tsaatan en costume rituel debout parmi ses rennes dans la forêt de bouleaux sibérienne, lumière hivernale blanche et bleue, ambiance mystique et nordique, style photo artistique

Les gardiens de la tradition : Tsaatans, Darkhads et peuples nomades

Les Tsaatans : chamanes du Nord et gardiens des rennes

Les Tsaatans (ou Dukha) sont un peuple d’éleveurs de rennes vivant dans l’extrême nord de la Mongolie, à la frontière avec la Sibérie. Ils sont l’un des derniers peuples au monde à pratiquer un chamanisme de chasse à l’état originel, profondément lié à leur relation aux rennes qui structurent toute leur vie nomade. Leur tradition chamanique est si rare et si fragile qu’elle fait l’objet de programmes de préservation internationaux.

La sauvegarde urgente des traditions chamaniques mongoles par l’UNESCO reconnaît explicitement ce patrimoine vivant menacé par l’urbanisation et la disparition des modes de vie nomades.

Les Darkhads et Buryats : diversité chamanique en Mongolie

Les Darkhads du nord de la Mongolie sont réputés comme l’un des peuples les plus actifs dans la préservation du chamanisme traditionnel « noir » et « blanc ». Les Buryats, peuple mongol réparti entre la Mongolie et la Sibérie russe, pratiquent un chamanisme qui a fortement influencé les études académiques — notamment les travaux fondateurs de Roberte Hamayon lors de ses missions au sein de la revue scientifique Études Mongoles et Sibériennes qu’elle a fondée en 1969.

La diversité des pratiques entre ces peuples illustre que le « chamanisme mongol » n’est pas un bloc monolithique, mais un archipel de traditions qui partagent un fond commun tout en exprimant des spécificités locales profondes.


Carte du monde stylisée avec des fils dorés lumineux reliant la Mongolie, le Brésil, l'Afrique de l'Ouest et l'Amazonie, symboles chamaniques de chaque tradition aux nœuds de connexion, fond sombre, style illustration cosmique

Un fil d’or invisible : chamanisme mongol et traditions universelles

— Par Virginie, Yalorisha

C’est ici que je souhaite prendre la parole le plus personnellement, parce que c’est ce qui me touche le plus profondément dans le chamanisme mongol. En tant qu’initiée aux traditions afro-brésiliennes, j’ai toujours senti qu’il existait quelque chose comme un fil d’or reliant les grandes traditions chamaniques du monde — une mémoire partagée de l’humanité sur la façon de se relier à l’invisible.

Ce que les peuples premiers ont en commun

Que l’on parle du chamanisme mongol, du Candomblé afro-brésilien, des traditions amérindiennes, ou du chamanisme sibérien, les mêmes structures fondamentales apparaissent :

  • Un intermédiaire humain élu par les esprits (chamane, initié, babalorixá)
  • Une pratique de transe comme espace de rencontre avec l’invisible
  • Le rôle central des ancêtres comme guides, protecteurs et transmetteurs
  • Des rituels de purification de l’espace et des personnes
  • Une musique et un rythme qui ouvrent les portes entre les mondes
  • Une guérison qui s’adresse à l’âme avant de s’adresser au corps

L’universalité du chamanisme à travers les cultures du monde est aujourd’hui largement reconnue par les anthropologues — comme l’affirme Roberte Hamayon dans ses travaux comparatifs, ce système symbolique « présente un caractère d’universalité » qui transcende les frontières géographiques et culturelles.

Ongod et Orishas : des esprits qui se ressemblent

Dans le Candomblé, les Orishas sont des puissances spirituelles qui correspondent à des forces de la nature — Oxum gouverne les eaux douces et l’amour, Oya gouverne le vent et les tempêtes, Oxalà est le principe de la création. Dans le chamanisme mongol, les Tngri et les ongod remplissent une fonction analogue : chaque esprit a un domaine, une personnalité, des préférences, et entretient une relation particulière avec les humains qui l’honorent.

Ce n’est pas une coïncidence — c’est l’expression d’une même intelligence spirituelle que les peuples du monde ont développée indépendamment les uns des autres, pour répondre aux mêmes questions fondamentales sur le sens de l’existence et la nature du réel.

Le tambour universel : un instrument qui transcende les frontières

Partout dans le monde — Mongolie, Sibérie, Afrique de l’Ouest, Amazonie, Amérique du Nord — le tambour est au cœur de la pratique chamanique. Ce n’est pas une importation culturelle, c’est une découverte parallèle : différentes cultures ont réalisé indépendamment que le rythme monotone du tambour modifie l’état de conscience et ouvre des espaces intérieurs que l’esprit rationnel ne peut pas atteindre seul. La recherche anthropologique sur le chamanisme (colloque CNRS) a mis en lumière précisément cette dimension universelle des pratiques rituelles.


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Illustration symbolique de la transmission transgénérationnelle : arbre généalogique dont les racines sont lumineuses, silhouettes d'ancêtres dans les branches, double hélice d'ADN intégrée dans le tronc, palette dorée et bleue profonde, style art numérique spirituel

Guérison ancestrale : ce que la science dit des mémoires transgénérationnelles

Le chamane mongol comme thérapeute de la communauté

Dans la société mongole traditionnelle, le chamane cumule des rôles que notre monde moderne a divisé en une douzaine de spécialités séparées : médecin, psychologue, conseiller, médiateur, gardien de la mémoire collective. Sa capacité à identifier l’origine spirituelle d’une souffrance — qu’elle vienne d’un ancêtre non honoré, d’un esprit perturbé, ou d’un traumatisme non résolu dans la lignée familiale — est le cœur de son art.

Cette vision globale de la guérison, qui ne sépare pas le corps de l’âme ni l’individu de sa lignée, est précisément ce que les neurosciences et la psychologie contemporaine commencent à valider scientifiquement.

Épigénétique et mémoires ancestrales : ce que la recherche confirme

Les découvertes récentes en épigénétique apportent une caution scientifique fascinante à ce que les traditions chamaniques ont toujours affirmé : nos ancêtres continuent d’habiter notre biologie. Selon une étude publiée en 2025 sur des familles de réfugiés syriens, les marques épigénétiques liées aux traumatismes se transmettent sur au moins trois générations — une découverte qui éclaire d’un jour nouveau les pratiques ancestrales de guérison.

La chercheuse Isabelle Mansuy de l’École Normale Supérieure le démontre clairement : dans cet entretien scientifique sur la transmission épigénétique des traumatismes, elle explique que « les empreintes du stress sont transmissibles sous certaines conditions à la descendance », modifiant l’expression de gènes impliqués dans la réponse au stress sans modifier la séquence d’ADN elle-même.

Ce que la revue de littérature sur la transmission transgénérationnelle des traumatismes confirme également : les secrets, les non-dits familiaux, et les traumatismes non élaborés jouent un rôle déterminant dans cette transmission. C’est exactement ce que les chamanes mongols ont toujours su — et ce que j’explore avec mes clients dans mes consultations.

Enfin, une étude médicale publiée dans les Annales Médico-Psychologiques souligne l’intérêt croissant de la communauté scientifique pour les pratiques chamaniques de soin, précisant que « le chamanisme est devenu un nouvel objet de fascination de l’Occident » dans le champ des médecines complémentaires.

Nettoyage énergétique et libération des blocages

Le travail chamanique sur les mémoires transgénérationnelles ne relève pas de la magie au sens fantaisiste du terme. Il s’agit d’un travail méthodique qui combine :

  • L’identification de l’origine des patterns répétitifs (conflits, échecs, maladies récurrentes)
  • La reconnexion avec la lignée ancestrale et le repérage des non-dits
  • Des rituels de purification et de libération des énergies stagnantes
  • La remise à sa juste place de chaque membre de la lignée

Cette approche, que j’ai développée dans ma pratique en combinant chamanisme, psycho-généalogie et rituels sacrés, est au cœur de ma Consultation Racines & Ancêtres.


✦ Vous portez peut-être une blessure ancestrale sans le savoir. Des blocages inexpliqués, une relation difficile avec votre famille, l’impression de toujours recommencer les mêmes schémas — ce sont souvent les signes d’un héritage transgénérationnel non résolu. Réservez une consultation pour explorer cela ensemble.


Femme les yeux fermés tenant un tambour chamanique, derrière elle une fenêtre ouverte sur un paysage urbain européen — symbolisant la pratique chamanique dans la vie moderne, lumière dorée, style photo atmosphérique contemplatif

Peut-on pratiquer le chamanisme mongol sans aller en Mongolie ?

La réponse courte est : oui. Et ce n’est pas une concession commerciale — c’est une réalité spirituelle profonde que le chamanisme lui-même reconnaît.

L’essor du néo-chamanisme en France (recherche CNRS) témoigne d’une quête spirituelle massive : de plus en plus de personnes cherchent à retrouver un lien avec leurs ancêtres, à comprendre des blocages que la psychologie ordinaire n’explique pas, à vivre des rites de passage qui donnent du sens aux grandes transitions de leur vie. Le voyage en Mongolie peut être une expérience transformatrice. Mais l’essentiel — la connexion aux esprits, aux ancêtres, à la partie la plus profonde de soi — ne nécessite pas de billet d’avion.

Ce que le chamanisme mongol m’a appris, et que je transmets dans mon travail, c’est que les ancêtres sont toujours là. Qu’ils soient mongols, africains, brésiliens ou français. Qu’ils parlent à travers nos rêves, nos blocages, nos intuitions, et parfois nos maladies. La vraie question n’est pas « comment aller en Mongolie ? » mais « comment apprendre à les entendre ? »


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FAQ : Vos questions sur le chamanisme en Mongolie

Conclusion

Le chamanisme en Mongolie n’est pas une relique du passé réservée aux steppes lointaines ou aux touristes en quête d’exotisme. C’est un système vivant, cohérent et profondément humain, qui répond à des questions que chaque être humain se pose, quelle que soit sa culture : Qui sont mes ancêtres ? Que m’ont-ils transmis ? Comment guérir ce que je porte sans l’avoir choisi ? Comment retrouver ma place dans le tissu du monde ?

Ce qui me touche le plus, en tant qu’initiée afro-brésilienne, c’est précisément cette universalité. Le fil d’or qui relie les chamanes mongols aux babalorixás du Candomblé, aux guérisseurs amérindiens et aux praticiens de toutes les traditions ancestrales du monde — ce fil, je le touche chaque jour dans mon travail. Et je suis convaincue qu’il est accessible à chacun d’entre vous, quelle que soit votre origine.

Si cet article a éveillé quelque chose en vous — une curiosité, une reconnaissance, ou peut-être l’intuition que quelque chose dans votre propre lignée mérite d’être exploré — je vous invite à franchir le pas. Le visible et l’invisible n’attendent que votre permission pour entrer en dialogue.


Points clés à retenir

  • Le chamanisme mongol (böö mörgöl) est l’une des plus anciennes traditions spirituelles de l’humanité, née dans les steppes de l’Altaï il y a plus de 30 000 ans
  • Le chamane (zairan ou udgan) est un intermédiaire entre les mondes : il entre en transe pour communiquer avec les esprits et guérir sa communauté
  • La cosmologie mongole repose sur 5 mondes et 99 divinités célestes (Tngri), avec Gengis Khan comme figure divine centrale
  • On ne choisit pas de devenir chamane : c’est la « touche de l’esprit » qui choisit, souvent précédée d’une maladie initiatique
  • Les outils rituels — tambour hengereg, guimbarde, Ovoo, offrandes de lait — servent à ouvrir des espaces de communication avec les esprits
  • Chamanisme et bouddhisme coexistent en Mongolie depuis le XVIe siècle, donnant naissance au chamanisme jaune
  • Les peuples Tsaatans, Darkhads et Buryats sont les gardiens des formes les plus anciennes de cette tradition
  • Les traditions chamaniques du monde partagent un fil universel : ancêtres, transe, purification, guérison de la lignée
  • L’épigénétique confirme ce que le chamanisme sait depuis toujours : les traumatismes ancestraux se transmettent biologiquement sur plusieurs générations
  • Pratiquer le chamanisme ne nécessite pas d’aller en Mongolie — la connexion aux ancêtres est possible partout et maintenant

À propos de l’autrice

Virginie est connue sous le titre de Yalorisha, un titre qui honore son initiation dans le chamanisme afro-brésilien et au culte du Candomblé. Autrice du roman Namata, là où tout commence — écrit en écriture automatique —, podcasteuse de Mille et une façons de vivre sa Foi, et accompagnatrice spirituelle, elle propose des consultations médiumniques, de protection, de racines ancestrales et de rituels de passage. Elle a développé le concept d’ÉcoRituels pour créer des pratiques en harmonie avec la Nature. Elle œuvre dans le visible et dans l’invisible, gardant le silence là où le mystère a sa place.

🔗 yalorisha.com | 🎙️ Podcast Mille et une façons de vivre sa Foi


Sources & Références

[1] UNESCO — Pratiques traditionnelles mongoles de vénération de sites sacrés (inscription 2017) — https://ich.unesco.org/fr/USL/les-pratiques-traditionnelles-mongoles-de-vnration-de-sites-sacrs-00871

[2] UNESCO — Chamanisme mongol, archives multimédia officielles — https://www.unesco.org/archives/multimedia/document-2188-mon-2

[3] UNESCO Patrimoine Mondial — Grande montagne Burkhan Khaldun et son paysage sacré (2015) — https://whc.unesco.org/fr/list/1440/

[4] UNESCO — Six éléments inscrits sur la liste de sauvegarde urgente, dont la Mongolie (2017) — https://www.unesco.org/fr/articles/six-nouveaux-elements-inscrits-sur-la-liste-du-patrimoine-culturel-immateriel-necessitant-une

[5] UNESCO — Revitalisation des pratiques culturelles des sites sacrés en Mongolie — https://ich.unesco.org/fr/actualites/raviver-les-pratiques-culturelles-des-sites-sacres-en-mongolie-13408

[6] UNESCO — Art traditionnel du Khöömei mongol (inscription 2010) — https://ich.unesco.org/fr/RL/l-art-traditionnel-du-khoomei-mongol-00396

[7] CNRS — Hommage à Roberte Hamayon, théoricienne internationale du chamanisme sibérien et mongol — https://www.inshs.cnrs.fr/fr/cnrsinfo/disparition-de-roberte-hamayon

[8] Canal U / FMSH — Conférence de Roberte Hamayon : Chamanisme des peuples autochtones de Mongolie et de Sibérie — https://www.canal-u.tv/chaines/fmsh/hamayon-roberte/chamanisme-des-peuples-autochtones-de-mongolie-et-de-siberie

[9] Persée / CNRS — Le chamanisme dans la recherche anthropologique — https://www.persee.fr/doc/jda_0249-7476_1981_num_5_1_979

[10] Études Mongoles et Sibériennes — Roberte Hamayon, biographie et bibliographie — https://etudesmongolesetsiberiennes.fr/hamayon-roberte/

[11] Cairn.info — Transmission transgénérationnelle des traits acquis par l’épigénétique (2014) — https://shs.cairn.info/revue-cahiers-de-psychologie-clinique-2014-2-page-29?lang=fr

[12] Cairn.info — La transmission épigénétique des traumatismes, entretien avec Isabelle Mansuy (ENS, 2022) — https://www.cairn.info/revue-les-cahiers-dynamiques-2022-2-page-6.htm

[13] ScienceDirect / Annales Médico-Psychologiques — Efficacité des pratiques chamaniques de soin (2021) — https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S0003448721000925

[14] ScienceDirect — Le psychotraumatisme s’inscrit dans l’ADN (2018) — https://www.sciencedirect.com/science/article/abs/pii/S2468749918300036

[15] Thyma.fr — Transmission transgénérationnelle des traumatismes, revue de littérature — https://www.thyma.fr/transmission-transgenerationnelle-des-traumatismes-et-differents-mecanismes-revue-de-la-litterature/

[16] RTS — Quand la violence laisse des traces sur les gènes (étude réfugiés syriens, 2025) — https://www.rts.ch/info/sante/2025/article/traumatismes-transmis-par-les-genes-l-epigenetique-revele-son-impact-28888778.html

[17] OpenEdition / CNRS Éditions — Les Français et le néo-chamanisme — https://books.openedition.org/editionscnrs/22533?lang=fr

[18] Wikipedia — Chamanisme mongol — https://fr.wikipedia.org/wiki/Chamanisme_mongol

[19] Wikipedia — Chamanisme (universalité) — https://fr.wikipedia.org/wiki/Chamanisme

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